Bulletin Oeconomia Humana
Décembre 2009-Janvier 2010, volume 7, numéro 11
Les coûts humains des changements climatiques
Par Caroline Mailloux,
Adjointe de recherche à la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable.
Catégorie : changements climatiques
La température moyenne du globe a augmenté de + 0,74° C depuis 1950, et si la tendance ce maintient, elle pourrait augmenter de 4 à 6° C d’ici 2100 (GIEC, 2007). Quant au XXe siècle, il a été le siècle le plus chaud au cours des 1000 dernières années (Watson in Guilbeault, 2009). Nous sommes déjà entrés dans l’ère des changements climatiques et chaque jour nous en observons les impacts : retrait des glaciers, montée du niveau de la mer, multiplication des catastrophes naturelles et fonte du couvert de glace de l’Arctique en sont quelques exemples. Mais au-delà des impacts environnementaux, les changements climatiques affectent également la vie de milliers de personnes chaque jour. Touchés par une catastrophe naturelle, confrontés à un stress hydrique ou affaiblis par la perte d’une récolte : les changements climatiques affectent d’abord et plus durement les populations pauvres du Sud (Oxfam International, 2008). Dans les lignes qui suivent, je propose de regarder plus en détails quelques impacts humains des changements climatiques.
Perte de logement
Au début des années 1980, on comptait en moyenne 125 catastrophes naturelles par an. À l’heure actuelle, de 400 à 500 désastres naturels sont recensés chaque année : cela signifie une recrudescence des inondations, des typhons, des cyclones, des ouragans et des sécheresses extrêmes (Oxfam International, 2009). Ces évènements extrêmes sont bien souvent synonymes de perte de logement pour des millions de personnes. À titre d’exemple, les inondations catastrophiques de 2004 au Bangladesh ont frappé 38% du pays. Elles ont causé la mort de plus de 800 000 personnes, détruit les trois quarts des récoltes sur pied et ravi le logis de plus de 10 millions de personnes (Oxfam Québec, 2009). Plus récemment, l’Ouragan Dean à Haïti (2007) a détruit plus de 1050 logis en autant de surface agricole.
Sécurité alimentaire
Les changements climatiques ont de graves impacts sur la sécurité alimentaire des populations du Sud. D’abord, comme nous l’avons vu dans la section précédente, les évènements extrêmes se traduisent par des pertes de récoltes et de surfaces arables. À cela s’ajoute l’imprévisibilité des saisons: la pluie est trop abondante, complètement absente ou n’arrive pas au bon moment. Cela affecte gravement le rendement des cultures. En Afrique, on estime que le rendement des cultures sous pluies est appelé à diminuer de 50% d’ici 2020 (PNUD, 2007-2008). Considérant que 70% des personnes les plus pauvres dépendent de l’agriculture pour survivre, cette situation est alarmante. Sans compter le fait que la baisse des récoltes a pour conséquence de faire augmenter le prix des denrées alimentaires contribuant à la crise dans ce secteur.
Accès à l’eau potable
Les changements climatiques affectent également la disponibilité en eau potable. D’ici 2020, de 75 à 250 millions de personnes en Afrique souffriront d’un stress hydrique. Quant à la fonte prématurée des glaciers en Asie, on estime qu’elle va menacer l’accès à l’eau potable d'un milliard de personnes de plus (PNUD, 2007-2008).
Déplacement des populations
Plus de 26 millions de personnes ont déjà été déplacées à cause des changements climatiques et d’ici 2050, 200 millions de personnes supplémentaires auront sans doute à se déplacer suite à la dégradation de l’environnement. À titre d’exemple, dans les îles du Pacifique, la hausse du niveau de la mer est une menace pour les populations qui y vivent : aux îles Tuvalu plus de 25% de la population a déjà été évacuée.
Santé
La hausse de la température moyenne de la terre menace également la santé des êtres humains. Cette hausse a pour effet de repousser les limites géographiques des zones menacées par certaines maladies infectieuses. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD, 2007-2008), de 200 à 400 millions de personnes supplémentaires risqueront de contracter la malaria alors que le risque de dengue causé par les changements climatiques touchera 3,5 milliards de personnes d’ici 2085.
Ce portrait des impacts humains des changements climatiques n’est pas exhaustif, mais il souligne bien la vulnérabilité des populations du Sud. Pour ces derniers, les changements climatiques agissent comme une spirale descendante qui les garde dans un état de pauvreté et entrave leur chance de développement. Comme le précise Oxfam International, si rien n’est fait rapidement, les progrès réalisés depuis les cinquante dernières années en matière de lutte contre la pauvreté seront perdus.
UN VENT D’INJUSTICE
Qu’est ce qu’il y a d’injuste dans les changements climatiques ? Tout. De 1950 à 2005, les pays industrialisés ont produit 60% des GES alors qu’ils représentent moins de 20% de la population mondiale (Guilbeault, 2009). Inversement, les pays les moins avancés qui regroupent plus d’un milliard de personnes sont responsables de 3% des GES de la planète (idem). Pourtant, les pays pauvres sont les premiers touchés par les changements climatiques à cause de leur position géographique et des faibles moyens dont ils disposent pour s’y adapter. De 2000 à 2004, des 262 millions de personnes affectées annuellement par une catastrophe naturelle, 98% provenaient du Sud (PNUD, 2007-2008).
Actuellement, chaque Canadien émet en moyenne 22 tonnes de GES par année et ce chiffre est similaire pour les États-Unis. Cela équivaut aux émissions de 5 Chinois (Oxfam-Québec) et de 366 Éthiopiens (Guilbeault, 2009). En matière de GES nous sommes en grande partie responsables des émissions actuelles et passées. C’est précisément pour cette raison que la notion de RESPONSABILIÉ est centrale dans la lutte aux changements climatiques : les responsables doivent payer et cela veut dire que les pays industrialisés doivent aider les populations du Sud à lutter contre les changements climatiques, à s’y adapter en plus de diminuer rapidement leurs émissions de GES. C’est exactement ce que réclament des millions de personnes partout sur le globe aux dirigeants du monde entier qui seront réunis à Copenhague au Danemark du 7 au 18 décembre 2009. Nous voulons un accord post-Kyoto qui soit ambitieux, juste et contraignant !
UN ACCORD POST-KYOTO JUSTE, AMBITIEUX ET CONTRAIGNANT
Au Québec plus de 28 894 personnes ont signé la pétition d’Oxfam Québec « Votre empreinte change le Monde ». Cette pétition exhorte les pays riches d’atténuer leurs émissions de gaz à effet de serre et de verser des fonds pour l’adaptation aux changements climatiques. Dans le monde, 9 916 748 personnes ont signé la pétition de la Coalition Tck Tck Tck, afin de souligner qu’elles étaient prêtes à ce que les dirigeants du monde signent un accord ambitieux, juste et contraignant.
Comme l’explique Oxfam-Québec, un accord ambitieux, juste et contraignant veut dire que les pays industrialisés doivent être les premiers, les plus rapides et les plus efficaces à réduire leurs émissions, de sorte que ces dernières culminent d’ici 2015 et baissent d’au moins 40% en deçà des niveaux de 1990 d’ici 2020 et de 80% en deçà des niveaux de 1990 d’ici 2050. Cela signifie également que les pays riches doivent financer l’adaptation des pays du Sud aux changements climatiques à la hauteur de 50 milliards par année (au minimum). Ils doivent également faciliter la transition des pays du Sud vers des modes de production et de consommation plus propres, notamment en fournissant de la technologie. Quant aux dirigeants des pays pauvres, ils doivent investir dans des programmes nationaux visant à aider les communautés les plus vulnérables à s’adapter aux effets des changements climatiques (Votre empreinte change le Monde, Oxfam-Québec).
En ce qui concerne les cibles d’atténuation proposées par Oxfam-Québec, il s’agit là des chiffres avancés par les scientifiques, notamment le groupe du GIEC (2007), afin d’éviter que la température moyenne de la terre augmente au-delà de 2° C, le seuil identifié par les scientifiques comme étant celui de non-retour. Au-delà d’une augmentation de 2° C les impacts des changements climatiques seront imprévisibles, hors contrôle, voire catastrophiques. Or, comme nous l’avons vu, le GIEC (2007) annonce une augmentation de la température se situant entre 2 et 6° C d’ici 2100. C’est pourquoi les cibles de réduction de l’accord post-Kyoto doivent être ambitieuses et contraignantes. Selon la revue Nature (in Guilbeault, 2009) « si l’humanité veut maximiser les chances d’éviter les dérapages climatiques, elle ne devra émettre guère plus de 697 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2050. Ce qui donne d’ici là un maximum de 17 milliards de tonnes par année. Or, actuellement, on rejette entre 28 et 29 milliards de CO2 par année, et ces émissions augmentent d’environ 3% par an » (in Guilbeault, p. 13). Non seulement il faut ralentir le rythme de nos émissions, mais il faut les réduire puisque nous avons un capital à ne pas dépasser. C’est l’urgence d’agir et la gravité de la situation actuelle qui font en sorte que la rencontre de Copenhague est aussi cruciale.
LA RENCONTRE DE COPENHAGUE
Dans moins d’une semaine, à Copenhague, les dirigeants du monde entier se réuniront dans le cadre de la 15e Conférence des Nations unies sur le changement climatique. Lors de cette rencontre, ils doivent jeter les bases d’un nouvel accord post-Kyoto sur les changements climatiques afin de succéder au Protocole de Kyoto qui prendra fin en 20121. Comme le précise Yvo de Boer, secrétaire exécutif sur la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique, Copenhague est un tournant historique pour l’environnement ; les décisions qui y seront prises vont modeler la façon dont le monde va combattre les changements climatiques dans les années à venir :
La conférence des Nations Unies sur le climat qui doit se tenir à Copenhague cette année, représente pour l’humanité une occasion historique de se mesurer à ce défi et de le résoudre de manière décisive. La nécessité de réduire foncièrement les émissions de gaz à effet de serre est irréfutable, si l’on veut éviter que le changement climatique ne tourne au chaos climatique (Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique : http://fr.cop15.dk/).
Nous pouvons influencer ce choix en exerçant de la pression auprès des dirigeants politiques et en leur envoyant un message clair soulignant que nous souhaitons qu’un accord ambitieux, juste et contraignant soit pris à Copenhague. Comment ? En se joignant aux millions de personnes qui participent déjà à la mobilisation planétaire pour la lutte aux changements climatiques.
FAITES COMME DES MILLIONS DE PERSONNES, PASSEZ À L’ACTION !
Depuis le début de l’année, des actions sont faites partout sur la planète afin d’attirer l’attention des dirigeants politiques sur l’importance des changements climatiques et l’urgence d’agir. Selon la Coalition Tck Tck Tck, qui regroupe pas moins de 200 organisations de la société civile2 provenant de partout à travers le monde, dont Oxfam et Équiterre font partie, aucun autre enjeu planétaire n’a jamais été aussi rassembleur. La Coalition affirme qu’il s’agit de la plus grande procuration au monde pour une action. L’objectif de la Coalition Tck Tck Tck est de rassembler tous les acteurs luttant pour une justice climatique au sein d’un mouvement unifié afin d’envoyer UN message clair aux dirigeants politiques qui seront à Copenhague. Le 21 septembre dernier, la Coalition Tck Tck Tck a lancé « l’appel au réveil mondial » alors qu’avait lieu une réunion de l’ONU sur les changements climatiques à New York. Plus de 2632 évènements ont eu lieu et cela dans 135 pays. Cette participation monstre pour la lutte aux changements climatiques s’est renouvelée le 24 octobre 2009, lors de la journée internationale d’action pour le climat. Des activités dans plus de 180 pays ont eu lieu. Le prochain rendez-vous mondial pour les changements climatiques aura lieu le 12 décembre 2009, pendant la conférence de Copenhague. Lors de cette journée, joignez vous à des millions de personnes à travers le monde pour dire aux dirigeants du monde que vous voulez que la question des changements climatiques soit prise au sérieux à Copenhague. Comment ? Participez à la manifestation organisée par Oxfam-Québec, Équiterre, Greenpeace, le Jour de la terre et bien d’autres ONG qui a pour titre « Le Pôle Nord Fond sauvons le Père Noël et toutes les victimes des changements climatiques »
Où : Square Phillips pour les gens de Montréal et à la Place d’Youville pour ceux de Québec.
Quand : le 12 décembre à 14h (pour plus d’information consulter le site Internet d’un des organisateurs)
En guise de conclusion je vous propose de signer la pétition d’Oxfam Québec (www.oxfam.qc.ca) ou celle de la Coalition Tck Tck Tck (www.tcktcktck.org/). Vos signatures permettront aux organisations de la société civile présentes à Copenhague de démontrer que des millions de personnes dans le monde souhaitent qu’un accord post-Kyoto, ambitieux, juste et contraignant soit signé. Vous trouverez d’autres possibilités d’actions aux adresses suivantes :
• Changer le climat : Un guide d’action pour agir maintenant contre les changements climatiques « http://oxfam.qc.ca/fr/publications/educatives/jeunes/changer-le-climat »
• www.KYOTOplus.ca
Notes
1 À titre de rappel, le Protocole de Kyoto est entré en vigueur en 2005. Les pays industrialisés qui l’ont ratifié, le Canada en fait partie, se sont engagés à diminuer leurs GES au minimum de 5,2% par rapport à 1990 pour la période 2008-2012. Le Canada quant à lui s’est fixé une réduction de 6% selon les mêmes conditions. Bien qu’il reste encore du temps avant la date d’échéance, il est de plus en plus évident que le Canada n’atteindra pas sa cible. Depuis 1998, les émissions des GES du Canada ont augmenté de 25% !
2 Groupes religieux, syndicats, organisations écologiques et humanitaires.