Bulletin Oeconomia Humana
Novembre 2009, volume 7, numéro 10
Compte rendu du Forum Tremblant 2009
Par Alice Friser, M.sc. en sciences de l’environnement et Katia Beatriz Villafán Vidales, Estudiante invitada del Doctorado en Ciencias en Negocios Internacionales (Universidad Michoacana de San Nicolás de Hidalgo-México).
Catégorie : RSE
Le 23 septembre dernier, la Chaire a été l’heureuse partenaire de l’édition 2009 du Forum Tremblant, l’un des colloques les plus importants d’Amérique du Nord sur la responsabilité sociale de l’entreprise. Cette année, toujours dans un cadre exceptionnel, le Forum Tremblant proposait un discours principal, trois conférences et un débat au cœur desquels la question de l’engagement des employés pour le développement durable a été prédominante.
Disons-le d’emblée, l’évènement nous a transportées dans un bel élan d’optimisme, et ce, dès la première allocution de la matinée, celle de M. Jeffrey Hollender de l’entreprise 7th Generation. Son discours nous a non seulement inspirées, mais il a aussi donné le ton aux conférences qui l’ont suivi. M. Hollender a tout d’abord remis en cause nos connaissances de la notion de responsabilité sociale et de ses possibles applications. En effet : au delà des définitions théoriques, qu’est-ce que la RSE? En d’autres termes, comment être responsable? Et surtout, sur quels aspects? Faut-il en privilégier certains par rapport à d’autres? De quelle façon? Selon le chef d’entreprise, si l’on veut vraiment parler de responsabilité sociale, on ne peut pas seulement faire référence à l’environnement, aux gaz à effet de serre ou à la déforestation. La RSE concerne bien entendu l'environnement, mais pas uniquement. Parler de responsabilité sociale, c’est dans un premier temps faire référence à l’entreprise et à ses employés : l’entreprise dont la croissance demeure l’objectif numéro un de la plupart des gestionnaires; ses employés, car sa croissance n’est possible qu’avec le développement de son capital humain. Pour Hollender, les employés sont au cœur de la transition des entreprises et de la société vers le développement durable. Selon lui, une des façons d’encourager leur engagement envers l’entreprise et les initiatives de responsabilité sociale est de les y intégrer en tant que propriétaires au même titre que ses actionnaires, afin qu’ils puissent être fiers de l’entreprise pour laquelle ils travaillent. Ainsi investis, écoutés par leur employeur et encouragés à dialoguer et à s’entraider pour atteindre leurs buts, ils feront ultimement de leur entreprise une entreprise florissante, en santé et socialement responsable.
Puis, dans la mesure du possible, la responsabilité sociale (et environnementale) d’une entreprise signifie promouvoir chez elle la production de solutions créatrices, la promotion d’une consommation davantage consciente, la réduction de son empreinte écologique et, plus globalement, la création d’un monde plus juste. Voici en tout cas les impératifs que s’est donnée l’entreprise 7th Generation, et l’on ne peut que l’en féliciter. Au chapitre des valeurs sur lesquelles devrait reposer une entreprise, passage extrêmement inspirant du discours de M. Hollender, ce dernier explique que les notions d’authenticité et de transparence jouent un rôle essentiel dans la notion et surtout dans la pratique de la RSE, aussi bien au niveau de l’entreprise qu’au niveau de ses employés. Ici, tout le monde s’est entendu sur le fait que pour être authentique, en tout cas envers soi-même et envers ses employés, on ne peut à la fois faire la promotion constante des plus bas prix tout en s’autoproclamant socialement responsable, tel que le font certaines multinationales. En effet, comment qualifier de cette manière une entreprise qui tire ses profits grâce aux salaires peu élevés de la main d’œuvre des pays sous-développés? Et dans ce cas, comment assurer la crédibilité et l’engagement de ses employés?
Finalement, M. Hollender s’est exprimé sur les deux principaux défis auxquels fait actuellement face la RSE : 1) comment amener davantage d’entreprises à s’investir dans une démarche de RSE? et 2) comment amener toutes les parties prenantes d’une entreprise à s’investir dans une démarche de RSE? Et pour ce faire, quel rôle l’entreprise doit elle jouer auprès du gouvernement, de la société et de ses employés? Les interventions qui ont suivi celle de M. Hollender ont été l’occasion pour des gestionnaires en provenance de diverses entreprises de débuter une discussion sur de potentiels éléments de réponse à ces questionnements. Ils ont principalement échangé sur les façons d’engager leurs employés, en présentant les approches développés au sein de leur entreprise et les défis auxquels ils devaient faire face dans l’adoption d’une démarche de RSE. Ainsi, cet évènement offrait une excellente perspective sur l’intégration croissante de la responsabilité sociale en entreprise.
Cependant, les présentations auraient gagné en profondeur si elles avaient présenté avec plus de clarté les leçons tirées des faiblesses, erreurs et difficultés rencontrées dans l’adoption d’une telle démarche. De plus, quoiqu’intéressantes et souvent stimulantes, les présentations se déclinaient toutes plus ou moins selon le même modèle, les participants du Forum auraient donc bénéficié de présentations utilisant des méthodes innovatrices et des approches originales pour partager connaissances et savoirs entre gestionnaires préoccupés par le développement durable. Mais il ne s’agit là que d’une piste à explorer pour l’édition 2010…