Bulletin Oeconomia Humana
Septembre 2010, volume 8, numéro 7
Présentation de Jacques Igalens
Par Jacques Igalens, chercheur affilié à la CRSDD

Mes travaux sur la RSE m’ont conduit à me pencher sur un thème qui lui est fortement lié, l’éthique. Ayant été saisi d’une demande de collaboration par l’équipe d’audit interne d’un grand groupe français j’ai participé il y a deux ans à un « audit «éthique » et je me suis rendu compte du décalage qui existait entre la littérature abondante sur le thème de l’éthique des affaires et le peu de documents réellement opérationnels sur le sujet. L’explication tient certainement à la formation de philosophe ou de sociologue de nombreux auteurs en la matière.
Pour cette raison j’ai décidé de consacrer un ouvrage à la « sûreté éthique » et aux moyens à la disposition des grandes entreprises pour s’assurer régulièrement que les risques relatifs à des violations éthiques sont sous contrôle. Pour moi, la sûreté éthique se traduit par l’assurance raisonnable que les valeurs, les objectifs, l’intégrité, l’image, la réputation d’une organisation ne sont pas affectées (ou ne peuvent pas l’être) par des menaces et des dangers de toute nature venant de pratiques et de conduites contraires à l’éthique. Ces comportements fautifs résultent de la non-conformité aux règles de l’ordre public mais aussi à celles de l’ordre privé volontairement souscrites, engagements, chartes, codes, normes, etc. La sûreté éthique repose sur la qualité du dispositif de contrôle interne et suppose une prise de conscience voire une mobilisation de chacun. Il m’est apparu en écrivant cet ouvrage que si la conformité aux règles constitue le fondement de l’éthique il faut être beaucoup plus ambitieux si on désire que l’entreprise préserve et développe son capital éthique, élément essentiel de son capital immatériel. Il faut notamment une prise de conscience de l’importance du climat éthique de l’entreprise, ce qui suppose que ce climat fasse régulièrement l’objet d’investigations. De même toutes les fonctions de l’entreprise et tous ses métiers connaissent des déclinaisons de l’éthique qu’il importe de mettre à plat car la direction des ressources humaines, la direction comptable et financière, la direction commerciale, par exemple, doivent être sollicitées et doivent apprendre à balayer devant leur porte. Pour peu que l’on se livre à cet exercice, de nombreux déficits apparaissent. Des déficits culturels, certaines professions, certaines communautés font preuve de laxisme. Des déficits organisationnels car parfois le privilège donné aux résultats s’effectue au détriment de la sûreté éthique. Des déficits managériaux et notamment l’absence de retour d’expérience, la faiblesse de la formation sauf lorsqu ‘elle est obligatoire. Les déficits de contrôle notamment de contrôle interne. La liaison entre éthique et RSE m’est apparu naturelle et je ne suis pas surpris de la place importante de l’éthique dans la norme ISO 26000.
Le dernier livre de Jacques IGALENS (en collaboration avec Michel JORAS) s’intitule: « La sûreté éthique : du concept à l’audit opérationnel » EMS Paris (2010).