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Bulletin Oeconomia Humana

Novembre 2009, volume 7, numéro 10


Le développement économique communautaire centré sur les femmes - Inspirations du 2ème forum social québécois et perspectives d’avenafir pour l’entreprenariat féminin à Madagascar
Par Antsa Tiana Rakotovaoétudiante en entrepreneuship à l’île Maurice
Catégorie : Entrepreneurship 

Au Ministère québécois responsable de la condition féminine, l'entrepreneuriat féminin est une préoccupation de longue date. Déjà, en 1997, un groupe de travail présentait son rapport dans lequel il décrivait de façon générale la situation des entrepreneurs au Québec et recommandait, entre autres, de former un groupe conseil sur l'entrepreneuriat féminin afin de faciliter aux femmes l'accès au monde des affaires.

Plus spécifiquement, le rapport visait les femmes qui souhaitaient voir leur entreprise prendre de l'expansion et de très nombreuses autres que le monde des affaires intéressait. Il s'adressait aussi à celles qui, déjà en affaires, souhaitaient partager leurs expériences avec d'autres femmes entrepreneures ou cherchaient un soutien financier pour leur entreprise.

Afin de donner suite aux recommandations formulées par le groupe de travail dans son rapport, le Ministère responsable de la condition féminine a créé des organismes régionaux de soutien à l'entrepreneuriat féminin (ORSEF) dont le rôle est notamment de soutenir les femmes dans le pré-démarrage, le démarrage, la consolidation et la croissance de leur entreprise. Ainsi, ces organismes les orientent vers des secteurs d'activités novateurs et générateurs d'emplois, et leur offrent des services d'accompagnement, de soutien et de suivi. Ils facilitent aussi le réseautage et le « marrainage » et interviennent lorsque les entrepreneures n'obtiennent pas l'aide nécessaire auprès des institutions financières traditionnelles. Enfin, ils organisent plusieurs activités d'animation et de formation.

Entrepreneuriat au sein des communautés noires
Le gouvernement a mis aussi en place des mesures visant à soutenir l'entrepreneuriat féminin au sein des communautés noires. Un fonds d'aide au démarrage d'entreprise nommé « Fonds Afro-entrepreneurs » dédié spécifiquement aux Québécois et Québécoises issus des communautés noires. Selon une étude effectuée en 2006 (Rapport du Groupe de travail sur la pleine participation à la Société québécoise des communautés noires), les entrepreneurs noirs, tout spécialement les femmes, doivent franchir des obstacles importants, surtout en ce qui concerne l'accès au financement. Ainsi, le fonds rend accessible un soutien financier qui vient pallier à cette difficulté. Les montants disponibles sont de l’ordre de 5 000à 25 000 dollars, remboursable mensuelle avec des garanties offertes selon la nature du projet et le niveau de risques. Il n'y a pas d'exclusion de secteur d'activité. Ainsi, de nombreux projets peuvent bénéficier d'un financement auprès du Fonds Afro-entrepreneurs, incluant les travailleurs autonomes et les jeunes entreprises œuvrant dans divers domaines tels la production, la transformation, le commerce et les services.

Cette particularité du contexte québécois contraste beaucoup avec les conditions dans lesquelles les femmes entrepreneures doivent évoluer dans mon pays d'origine, Madagascar. En effet, chez-nous, les entrepreneurs féminins ne peuvent compter que sur le microcrédit dont l'accès est très difficile, en plus d’être caractérisé par la lourdeur des procédures, des frais de formalisation exorbitants et des exigences des garanties requises.

La compagnie F : entrepreneurship pour femmes.
Située à Montréal, la compagnie F aide les femmes à atteindre leur autonomie financière par l'entrepreneuriat et offre une panoplie de services, dont le coaching d'entreprises et la formation en stratégie promotionnelle, venant en soutien aux entreprises issues de l'entreprenariat féminin. Depuis ses débuts, elle innove dans le domaine du développement économique communautaire centré sur les femmes. Également centrée sur le développement durable et le développement humain, la compagnie F est née de la nécessité de développer des réseaux et de bâtir des programmes tenant compte des besoins de femmes désireuses de prendre leur avenir professionnel en main et d'acquérir leur autonomie financière et professionnelle. Elle fut créée en 1997 et son ouverture officielle a eu lieu le 19 Novembre 1998. Notons que la Compagnie F est une actrice importante du développement socioéconomique local.

Afin de la décrire en quelques mots, rappelons:
  • qu'elle a été le premier organisme montréalais ayant pour mission l'autonomie financière des femmes par le moyen de l'entrepreneuriat.
  • qu'elle est une ressource unique et inclusive qui a permis à plus de 1500 femmes de créer, consolider leur entreprise ou réorienter leur carrière grâce à un soutien approprié au moment propice.
  • Qu'elle est un organisme qui croit au potentiel et au pouvoir des femmes de prendre leur avenir en main.

Investissement Femmes Montréal (IFM)
Pour sa part, IFM est un organisme permettant de renforcer la participation des femmes au développement économique de Montréal et de contribuer à atteindre leur autonomie financière par:
  • la promotion de l'entrepreneuriat féminin
  • la formation
  • le soutien technique et financier au démarrage, à l'acquisition, à la consolidation et à l'expansion de petites et moyennes entreprises dont les femmes sont les propriétaires dirigeantes.

Voilà comment le Québec, via différentes initiatives, tant gouvernementales que privées, contribue à soutenir et à promouvoir le développement économique communautaire centré sur les femmes. Ce faisant, il permet aux femmes non seulement d'atteindre une véritable autonomie, mais il en fait des actrices incontournables du développement communautaire. Si je réfère à la situation qui prévaut à Madagascar - là où, comme je l'ai évoqué précédemment, les conditions ne semblent au contraire, nullement avantager les femmes, sauf exceptions dans la création et le développement d'entreprises qui contribueraient à un développement communautaire et à leur autonomie personnelle - le modèle québécois est une source d’inspiration pour notre gouvernement.

Déjà, de bonnes relations existent entre le Québec et Madagascar. Il suffirait de quelques initiatives et d'un partage de nos pratiques pour que l'horizon soit porteur de solutions durables et plus équitables pour la majorité des femmes de mon beau pays.