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Automne 2013, volume 11, numéro 4


Enseigner la responsabilité sociétale des organisations

Une entrevue avec Marie-France Turcottetitulaire adjointe de la CRSDD et professeure à l'ESG UQAM, département Stratégie, responsabilité sociale et environnementale et réalisée par Leslie Mbimbi, étudiante au programme de maîtrise en sciences de la gestion à l'ESG, UQAM.

 


 

Leslie : Marie-France, quelle est votre philosophie concernant l’enseignement?

Marie-France : Très interactive. Ma philosophie se résume dans cet article publié l’an dernier dans le Harvard Magazine qui s’intitule « Twilight of the Lecture » - le crépuscule de l’exposé magistral . Un professeur de physique de cette institution, Eric Mazur, un enseignant hors pair des plus appréciés par ses étudiants, y parle des constats suivants : exposés à de l’enseignement magistral seul, les étudiants saisissent mal les concepts fondamentaux et ne retiennent presque rien à court terme, encore moins à long terme; les étudiants comprennent beaucoup mieux les principes lorsqu’ils se les expliquent les uns aux autres dans des conversations; ils développent des compétences en faisant des exercices, en résolvant des problèmes et en réalisant eux même des projets. En fait, ces constats ne sont pas nouveaux et le professeur Mazur rapporte (et applique avec succès) les résultats de nombreuses recherches en pédagogie et en andragogie . C’est quelque chose que je trouve très inspirant et que j’essaye de pratiquer le plus possible. Ça ne veut pas dire que je ne présente jamais d’exposé magistral mais pas trop et pas trop longtemps. Ça veut dire que je vois l’enseignement comme une conversation avec les autres plutôt qu’un monologue, comme travailler en équipe avec la classe pour comprendre quelque chose de nouveau.

Leslie : Quels sont les outils utilisés pour favoriser cette approche interactive?

Marie-France : Les possibilités pour déclencher une réflexion active sur un sujet sont infinies : utiliser un article comme base de discussion; préparer des exercices qui seront faits en équipe; voir un film – pas seulement des documentaires mais aussi de la fiction et des blockbusters – et l’analyser. Il m’est arrivé d’exposer une figure représentant un modèle théorique bien établi puis de converser avec les étudiants sur les avantages et inconvénients de ce modèle. Nous nous sommes surpris à innover ensemble au niveau de l’analyse critique de ce modèle et de ses implications. En une vingtaine de minutes, avec l’intelligence collective de tous les participants dans la classe, nous sommes allés aussi loin ou peut être même plus que d’illustres auteurs. En effet, en étant plusieurs à réfléchir sur un même sujet, il peut y avoir un effet de multiplication d’idées. Cela, en ôtant bien sûr qu’on ne refreine pas cette réflexion collective par un rapport de force, ni par un langage non verbal qui dirait « l’enseignant sait et les étudiants ne savent pas ».

Leslie : Et pour ce qui est de l’enseignement de la responsabilité sociétale de l’entreprise?

Marie-France : Concernant ce sujet, cette idée d’innovation collective est d’autant plus grande car il y a tellement de questions non résolues en matière de responsabilité sociétale de l’entreprise. De fait, nous réfléchissons ensemble pour trouver des réponses nouvelles. De plus, il serait assez dommage que la responsabilité sociétale des entreprises reste dans le domaine du théorique. Le fait que ce soit théorique est souhaitable si c’est la base d’une application pratique efficace en fonction des objectifs de responsabilité sociétale visés, comme dans l’expression : « il n’y a rien de plus pratique qu’une bonne théorie ». Il y a un réel besoin d’application de la responsabilité sociétale dans les organisations et il faut développer des compétences pour l’appliquer.

Leslie : Comment les étudiants peuvent-ils appliquer ce qu’ils ont appris en entreprise?

Marie-France : Il y a différents moments. Parfois, il faut réfléchir à de grands enjeux sociaux et au rôle de l’entreprise. Ce moment de réflexion va nous amener à reconnaître la complexité des enjeux et d’identifier des points d’interventions possibles. À d’autres moments, il faut trouver des solutions, mettre de l’avant des changements, des améliorations. Dans l’entreprise, il n’y a jamais de solutions toutes faites. Les solutions sont donc à développer en se donnant des moments pour réfléchir et innover et en utilisant des outils pour le faire. Puis, il y a des moments où il faut promouvoir des actions particulières, encourager et parfois réprimander. Il va falloir embarquer les gens pour que ça fonctionne.

Leslie : Vous avez récemment édité un ouvrage intitulé : « Responsabilité sociétale de l'organisation: exercices, cas et fondements », Québec, Presses de l'Université du Québec. Que pouvez-vous nous dire sur ce livre?

Marie-France : Premièrement, je suis très heureuse que cet ouvrage soit sorti et je remercie tous ceux qui y ont contribués. C’est un ouvrage collectif. En effet, j’ai rassemblé des documents produits par un peu plus de vingt-cinq auteurs. C’est un ouvrage dont la forme est particulière. Il y a trois sections et la première section ne rassemble pas des textes théoriques comme le plus souvent mais des exercices. C’est donc cohérent avec l’approche interactive de l’apprentissage. La deuxième partie présente des cas. L’analyse des cas est un outil d’enseignement interactif très utilisé dans les écoles de gestion. Finalement, la troisième partie rassemble des chapitres théoriques.

Leslie : Comment se distingue-t-il d’autres ouvrages sur la RS ?

Marie-France : Il se distingue justement par la présence d’exercices. Dans le domaine de la responsabilité sociétale, il y a plus souvent des ouvrages présentant de la théorie ou encore une combinaison de théories et de cas. L’originalité de l’ouvrage est de présenter aussi des exercices et de leur donner la première place.

Leslie : De fait, les étudiants doivent-ils avoir fait des lectures théoriques avant le cours pour pouvoir faire les exercices?

Marie-France : Effectivement, en termes d’usage des chapitres, les trois parties vont être utilisées ensemble. Avoir fait certaines lectures avant les exercices est nécessaire mais dans certains cas faire les exercices puis retourner vers les lectures va amener une perspective différente.

Leslie : La titulaire de la Chaire CRSDD, Corinne Gendron, et son co-auteur Bernard Girard, ont aussi récemment édité un ouvrage intitulé, « Repenser la responsabilité sociale de l’entreprise : l’école de Montréal », publié chez Armand Colin. Vous avez lancé les deux ouvrages en même temps. Ces deux ouvrages ne sont-ils pas en compétition?

Marie-France : Non pas du tout! L’ouvrage édité par Corinne Gendron et Bernard Girard est vraiment un ouvrage de développement théorique. C’est aussi un collectif et j’ai eu la chance de participer comme auteur d’un chapitre de cet ouvrage.

Leslie : En plus des lancements de livres, le 5 novembre, a aussi eu lieu le visionnement et la remise des prix aux finalistes du Concours Focus RSO, un concours amateur de courts métrages. Y a-t-il un lien avec l’enseignement de la RSO?

Marie-France : Oui, en effet, ce concours s’inscrit dans cette volonté de susciter la réflexion sur ce que la responsabilité sociétale des organisations est et pourrait être. Nous voulions inviter les étudiants ou tout cinéaste amateur qui expérimente le médium du court métrage, c’est-à-dire produire de petits films de moins de dix minutes. Le cinéma et le clip sont des formes de communication d’autant plus intéressantes qu’ils peuvent facilement être diffusés dans les nouveaux médias sociaux.

Les étudiants de baccalauréat qui suivent le cours de responsabilité sociale des entreprises de l’UQAM (DSR2010) ont à produire comme travail final un court métrage portant sur un sujet lié à la responsabilité sociale d’entreprise. Il y a donc aussi ce lien au niveau de l’enseignement et de l’apprentissage. Le 5 novembre, nous avons aussi lancé l’édition 2014 du concours Focus RSO. Nous invitons les étudiants de toutes les disciplines et toutes les universités à y soumettre leur court métrage : http://nbs.net/fr/focus-rso/

Notes:
1: ““Twilight of the lecture” – The trend toward “active learning” may overthrow the style of teaching that has ruled universities for 600 years”, Harvard Magazine, mars 2012, http://harvardmagazine.com/2012/03/ twilight-of-the-lecture.
2: L’andragogie réfère à l’enseignement aux adultes, par opposition à la pédagogie, qui au sens strict, réfère à l’enseignement aux enfants