Bulletin Oeconomia Humana

Octobre 2011, volume 9, numéro 8


Hommage à la dame aux mains vertes
Par Urbain. K. Yameogo, Candidat au doctorat en administration



« Planter des arbres, c’est comme planter des idées. En commençant par le simple acte de planter un arbre, nous donnons espoir non seulement à nous-mêmes, mais aussi aux générations futures » (notre traduction) –Wangari Maathai



C’est en ces termes que Wangari Maathai justifiait son action et son engagement écologiste et invitait par ailleurs à la préservation de notre environnement collectif contre les menaces locales et globales qui pèsent sur la biosphère. Première femme africaine et première écologiste de notre génération lauréate du Prix Nobel de la Paix en 2004, sa récompense constitue la reconnaissance internationale de l’engagement d’une femme qui aura consacré sa vie et son énergie à la cause environnementale. À travers son engagement transparaît, pour celles et ceux qui en doutent encore, le lien sinon l’interdépendance entre les problématiques environnementales, de développement et des droits de la personne.

En effet, pour Wangari Maathai le phénomène de désertification, qui touche bon nombre de pays sur et en dehors du continent africain, figure parmi les menaces écologiques susceptibles de constituer une entrave au développement économique et social. Sa réponse à ce fléau fut l’initiative de la ceinture verte qui se mit en place dès 1977 pour se muer en un mouvement international de lutte contre la désertification (Green belt movement). Ce mouvement vient ainsi rappeler que, dans la perspective du développement durable, chaque petit geste comme la plantation d’un arbre peut faire la différence. Cette initiative, qui s’est concrétisée avec la plantation de plus de 40 millions d’arbres en Afrique depuis le lancement du mouvement de la ceinture verte, s’est accompagnée de la mise en place de microprojets de développement au bénéfice des femmes. En effet, l’émancipation de la femme et la défense des droits humains ainsi que des libertés fondamentales de façon générale ont constitué autant de cordes à l’arc de Wangari Maathai.

On gardera ainsi d’elle l’image d’une résistante, d’une opposante intrépide qui a arpenté les couloirs de la prison kenyane. Cohérente et constante dans son engagement, elle n’hésita pas à rendre le tablier, déçue par son expérience gouvernementale au titre de secrétaire d'État à l’environnement (2003 à 2005); ce qui constitue un fait suffisamment rare dans cette contrée pour être souligné. La dame aux mains vertes aura été de tous les combats en faveur du développement durable aussi bien au Kenya (pour la protection de la forêt de Karura) qu’en dehors de son propre pays (pour la conservation de la forêt du bassin du Congo). On ne le répètera sans doute pas assez mais le Prix Nobel de la paix dont elle fut la première lauréate en tant qu’écologiste vient consacrer la montée en importance des questions d’environnement dans la conscience individuelle et collective sur la scène internationale. Cette dynamique se confirme en 2007 avec l’attribution conjointe du prestigieux prix à Al Gore et au GIEC pour les efforts consentis sur les changements climatiques. Il ne serait sans doute pas abusif d’affirmer qu’à travers ces reconnaissances, le pont était définitivement établi entre écologie, développement et paix. Des idées qui continueront de prospérer, Wangari Maathai en a semées. Mais des arbres, elle n’en plantera plus jamais : la dame aux mains vertes a définitivement tiré sa révérence à l’âge de soixante et onze ans le 25 septembre 2011.

Elle laisse orpheline et inconsolable la grande famille écologiste, féministe et des défenseurs des droits humains et des libertés fondamentales. Mais son engagement constitue une source d’inspiration pour les générations présentes et futures. Tout en vous invitant à vous inscrire dans la continuité de son engagement, nous vous invitons ce mois-ci à découvrir une contribution de Nolywé Delannon ainsi qu’un compte rendu de Pierre Cousin. En effet, la découverte récente de pétrole au large de la Guyane française par un consortium d’entreprises n’a pas échappé à l’attention de Nolywé qui, comme beaucoup d’acteurs locaux, s’interroge sur les risques et les externalités négatives susceptibles d’être générées par les activités d’extraction. Analysant la question sous l’angle de diverses conceptualisations de la responsabilité sociétale, elle formule le vœu que les entreprises fassent preuve d’un degré élevé d’intelligence sociétale. Pierre, qui vient de terminer un stage parmi nous, vous offre en cadeau d’au revoir un compte rendu portant sur la session d’information qui a été organisée autour de la réglementation sur la responsabilité élargie des producteurs au Québec. À la lecture de ce compte rendu, il y a des raisons de se satisfaire de l’exception québécoise dans l’appropriation progressive du principe de la responsabilité élargie des producteurs (REP) au Canada. Gageons que le renforcement de ce principe favorise véritablement l’éco-conception des produits, évitant les travers d’une simple réorganisation de la filière de collecte et de traitement des déchets comme cela a pu être constaté dans certains pays européens.


Bonne lecture à tous !