Bulletin Oeconomia Humana

Février 2011, volume 9, numéro 2


26 000 bonnes raisons

Par Jacques Blanchet, Écoconseiller et coordonnateur responsabilité sociétale et développement durable au Bureau de normalisation du Québec

Catégorie: ISO 26000


La norme ISO 26000 a été adoptée en novembre 2010 lors d’un vote tenu auprès des 160 pays membres de l’ISO, terminant 5 années de négociations durant lesquelles près de 26 000 commentaires ont été traités.

Une épopée digne d’Ulysse, où le chapelet des réunions plénières tenues dans de grandes villes du monde s’égraine comme autant d’épreuves vers le consensus : Salvador, Bangkok, Lisbonne, Sydney, Vienne, Santiago, Québec, Copenhague.

Imaginez un peu : un groupe d’experts qui élabore ses règles de fonctionnement au gré des problématiques rencontrées. Un espace de discussion qui se compose de 400 individus, provenant de tous les horizons, si passionnés que certains se réunissent jusqu’à l’épuisement afin d’aboutir au consensus.

La mise en abime d’un développement durable puisque les méthodes de travail et de fonctionnement se sont modulées selon les intérêts des parties prenantes, demandant aux responsables et aux participants du groupe de travail une certaine sensibilité, assez d’adaptabilité et beaucoup de créativité.

Il fallait le faire : passer des normes de processus et de procédures à une norme de comportement où des valeurs et des opinions sont exprimées. Il y a une différence majeure. L’ISO a toutefois saisi l’importance d’ouvrir l’élaboration de ce document à une participation plus vaste que l’habitude, entrainant ainsi forcément des interprétations différentes du cadre classique de normalisation, par la représentativité équitable des hémisphères et des genres notamment.

Et tout cela, pour publier un document de 120 pages, premier consensus international, multiculturel et multipartite sur la responsabilité des organisations envers la société et les parties prenantes, du jamais vu.

Un document imparfait évidemment, avec des répétitions, des phrases tarabiscotées et bon nombre d’euphémismes. Et pourtant, chaque paragraphe, phrase, mot, virgule a été longuement discuté et négocié.

Un processus si inclusif qu’aujourd’hui il s’enrichit des réseaux internationaux qu’il a créés, un rêve assouvi d’une collaboration basée sur l’échange où la diversité d’origine, de genre ou d’appartenance est une nécessité. Un exemple de développement durable, ou de son corolaire la responsabilité sociétale, s’il en est un, qui a permis aux individus de se dépasser, aux groupes de s’organiser et maintenant à la société d’en bénéficier.