Bulletin Oeconomia Humana

Novembre 2010, volume 8, numéro 9


Nos actes en disent plus que nos mots

Par Sander Happaerts chercheur à l’Institut de politique internationale et européenne (K.U.Leuven, Belgique)

Catégorie: développement durable


Ce mois-ci, les contributions du bulletin mettent en lumière deux problématiques distinctes. D’une part, elles nous parlent des débats politiques fondamentaux pour affronter les grands enjeux sociaux et écologiques, tels que le développement durable, l’immigration, la réglementation, etc. D’autre part, elles mettent la RSE au cœur de nos préoccupations. La RSE est d’ailleurs à l’ordre du jour ce mois-ci, avec le Forum Tremblant qui a lieu ce 17 novembre sous le titre de Responsabilité sociale 2.0.

Dans ces deux problématiques, il est clair que les actes concrets des acteurs publics ou privés ne sont pas toujours à la hauteur de leurs propos. Le fait que nos actes en disent plus que nos mots, c’était aussi le message d’un rapport présenté à Bruxelles à la fin du mois passé par le Climate Action Network Europe1.

Le Climate Action Network Europe est le bras européen d’un réseau mondial d’ONG qui promeuvent des efforts publics et privés pour stopper les changements climatiques. Le rapport dévoile que les entreprises européennes qui émettent le plus de gaz à effet de serre placent leurs œufs dans deux paniers pour éviter d’être assujetties à des réductions d’émissions. D’une part, elles ont tenté d’influencer les élections législatives de ce mois-ci aux États-Unis en donnant des supports financiers considérables aux candidats qui s’opposent aux réglementations climatiques, ou qui nient totalement que notre climat est en péril. D’autre part, les entreprises s’opposent à des réductions plus strictes en Europe, en argumentant que des cibles ambitieuses européennes sont insensées tant que les États-Unis n’imposent pas de réglementations. Cette dernière position est en contraste avec un groupe grandissant d’entreprises européennes, qui viennent de se prononcer en faveur de la cible de 30% de réductions, justement pour soutenir la compétitivité et pour créer des emplois2.

Les entreprises examinées dans le rapport sont Lafarge, GDF-SUEZ, EON, BP, BASF, BAYER, Solvay et Arcelor-Mittal. Elles ont donné $ 107 200 aux candidats qui bloquent les efforts gouvernementaux pour limiter les gaz à effet de serre, comme Lisa Murkowski, actuelle sénatrice républicaine de l’Alaska. En plus, les entreprises ont offert $ 240 200 aux candidats qui dénient carrément que le climat change ou que les causes du changement sont humaines. Un des destinataires est James Inhofe, sénateur républicain de l’Oklahoma. Inhofe est d’avis que le changement climatique est la plus grande tromperie depuis la séparation de l’Église et de l’État. Les dons des entreprises européennes étaient tellement ciblés que les auteurs du rapport sont convaincus qu’ils font partie d’une stratégie coordonnée.

Ce qui frappe le plus dans cette histoire, c’est que chacune de ces huit entreprises fait étalage d’une image verte et socialement responsable, et qu’elles se déclarent toutes engagées dans la lutte contre les changements climatiques. Malheureusement, leurs actes en disent plus que leurs mots.

Les contributions de ce bulletin offrent des perspectives intéressantes à ces sujets. Le premier article fait le point sur la politique de développement durable en Wallonie. Il montre comment il a été difficile dans la région méridionale de la Belgique de faire en sorte que le discours politique soit suivi par des actes concrets pour mettre en œuvre le développement durable.

Ensuite, si la droite en Amérique risque de mettre en miettes la majorité législative d’Obama, elle se manifeste de différentes manières en Europe. C’est le sujet des textes de Bernard Girard, chercheur affilié à la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable, théoricien et consultant en management. À partir de ce mois-ci, le bulletin publiera un texte tiré de son blog. Pour cette édition, ses réflexions portent sur la situation politique en France et sur les réponses de la droite européenne face aux grands enjeux sociétaux, tels que l’immigration, la crise économique ou le rôle de l’État.

Finalement, le bulletin publie une réédition d’un article de Josiane Lise Mabopda Foka sur Grameen Danone, à l’occasion de la visite de Muhammad Yunus à Montréal le mois passé. L’article offre notamment une typologie de différentes formes de RSE. Grameen Danone est un rare exemple du type RSE-BOP (« Bottom of the Pyramid »). Cette catégorie décrit des stratégies d’entreprises qui offrent des produits ou des services de qualité aux quatre milliards de pauvres dans le monde. Autrement dit : les actes de Grameen Danone sont à la hauteur de ses mots.

Bonne lecture !

Notes:

1:CAN Europe. 2010. Think globally sabotage locally. How and why European companies are funding climate change deniers and anti-climate legislation voices in the 2010 US Senate race. Brussels: Climate Action Network Europe. Available from http://www.climnet.org/.
2:The Climate Group. 2010. Businesses call for EU policy move to 30 per cent emissions cuts by 2020 [cited 29 Oct 2010]. Available from http://www.theclimategroup.org/our-news/news/2010/10/13/businesses-call-for-eu-policy-move-to-30-per-cent-emissions-cuts-by-2020/.