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Bulletin Oeconomia Humana

Février 2010, volume 8, numéro 1


Copenhague : l'impasse politique des changements climatiques

Par Sarah Gagnon-Turcotte, coordonnatrice du bureau francophone du Réseau entreprise et développement durable (www.nbs.netet collaboratrice à la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable

Catégorie : changements climatiques


Malgré les espoirs mondiaux, la Conférence de Copenhague s’est avérée un échec de la coopération internationale en matière de changements climatiques. L’espoir d’atteindre un consensus entre plus de 190 États divisés sur les questions économiques, sociales et technologiques était peut-être déjà démesuré en lui-même. Aux intérêts conflictuels en présence s’ajoutaient de plus un nombre d’enjeux dépassant probablement la capacité de gestion des négociateurs présents. Enjeux, d’ailleurs, qui se dédoublaient dans un processus à deux voies (« two-tracks »), une première en vertu de la Convention et une seconde dans le cadre du Protocole de Kyoto. La pure complexité du processus aurait pu venir à bout de n’importe quel enjeu. Cependant, ce qui a réellement fait dérailler les négociations à Copenhague, c’est l’absence complète d’une vision commune à l’ensemble des acteurs impliqués, relativement aux objectifs à long terme et à la façon d’y parvenir.

La division Nord-Sud ne date pas d’hier. Cependant, jamais un enjeu n’aura permis de plonger aussi profondément dans ce débat. Car la lutte contre les changements climatiques nécessite d’aborder des questions au cœur même de cette division : le droit au développement, la responsabilité commune mais différentiée, l’écart technologique, le renforcement des capacités, la « dette écologique », etc.

Les négociations internationales entourant les changements climatiques auraient donc pu être un lieu pour réfléchir ensemble au futur de l’humanité sur une planète où nous nous sentons toujours plus à l’étroit, à une époque marquée par la plus grande extinction des espèces jamais connue par l’homme et causée par lui, et où la pauvreté, la famine et la maladie déciment les rangs de peuples entiers. Mais les États ont été incapables de s’unir et la Conférence de Copenhague a plutôt mis en évidence un jeu de factions luttant pour la défense de leurs intérêts propres. Elle a également révélé la domination du politique sur le droit international et confirmé à nouveau la faiblesse de l’autorité des traités internationaux.

En somme, l’échec de Copenhague remet-il peut-être simplement en question l’approche en droit international qui a caractérisé la CCNUCC depuis ses débuts : c’est-à-dire la négociation de l’ensemble des enjeux qui y sont reliés sous un même grand toit avec l’espoir qu’un consensus émergera de divers marchandages. De telles négociations - et l’impasse du Cycle de Doha à l’OMC en est également la preuve - nécessitent un niveau de confiance entre les parties en présence dont l’absence est criante aujourd’hui. Dans l’urgence d’agir, peut-être alors devrions-nous explorer la possibilité de créer des accords sectoriels ou thématiques (sur la technologie, l’aviation, etc.) dont l’objet, plus restreint, permettrait plus facilement l’obtention d’un consensus.

Cette édition du Bulletin Œconomia Humana vous offre donc un dossier spécial sur la Conférence de Copenhague qui, nous l’espérons, vous permettra de faire le point sur le processus de négociations entourant la Convention sur les changements climatiques et aussi, peut-être, d’imaginer des pistes de solutions pour l’avenir.

Bonne lecture!