En 2004, Simon Zadek1, l'un des principaux architectes de la GRI, s'interrogeait sur le futur de la normalisation. Il faisait le constat d'une certaine « fatigue » des gestionnaires face à la déferlante de normes et standards auxquels leurs organisations étaient de plus en plus exposées. Fatigue aussi face à la difficulté et aux coûts associés à l'intégration de ces nouveaux codes dans les pratiques de gestion. À l'époque, Zadek s'intéressait surtout aux grandes, voire très grandes, entreprises internationales. À mesure que les exigences de la société concernant la responsabilité sociétale des organisations (RSO) se font plus pressantes, le problème de la prolifération des normes pourrait se poser de façon aiguë aux PME québécoises.
Ce problème renvoie sans doute à la tendance lourde d'une époque où les cartes en termes de pouvoir et de responsabilité sont en train d'être redistribuées : l'ordre social jadis mis en place et garanti par les États-nations semble aujourd'hui un peu brinquebalant. Objectivement, on voit bien que les structures « classiques » des États peinent à régler les problèmes environnementaux ou sociaux qui débordent presque toujours des frontières nationales. Bien entendu, ces mêmes États s'insèrent déjà dans une infrastructure internationale, encore partiellement en négociation, qui précisera sous peu les contours de la gouvernance des entreprises. Dans sa tentative de favoriser l'émergence d'une compréhension globale et consensuelle de la RSO, et de la diffuser localement partout à travers le monde, ISO 26000 pourrait bien être le ciment de cette nouvelle infrastructure. Elle pourrait surtout faciliter la vie des gestionnaires, qui souhaitent être « socialement responsables » en clarifiant leur responsabilité et les outils de RSO pertinents pour leurs organisations.
La manière dont ISO 26000 vient s'insérer dans cet équilibre global encore délicat fait l'objet d'une analyse approfondie dans le texte de Hanquez et Allard. Les conclusions des deux auteures permettent de décrypter la place des normes dans la gouvernance mondiale. Au niveau des organisations, c'est le texte de Gillet et Igalens qui propose une réflexion sur la façon dont cette norme, d'un genre nouveau, cherche à définir le positionnement des entreprises face aux enjeux sociaux et environnementaux.
En contrepoint de ces analyses sur une régulation venant d'« en haut » (ou « top-down »), les textes de Rakotovao, et de Friser et Villafán nous rappellent que ce sont également les initiatives locales, à l'avant-garde de la RSO, qui préfigurent dès à présent ce qui pourrait faire l'objet d'une normalisation future. Ainsi, Rakotovao détaille les dispositifs visant à promouvoir l'entrepreneuriat féminin au Québec, soulignant qu'il s'agit d'une source d'inspiration pour Madagascar. Dans leur compte rendu du Forum Tremblant 2009, Friser et Villafán relèvent l'exemple édifiant de Jeffrey Hollender et de son entreprise 7th Generation, un exemple qui nous invite à poser les « vraies » questions.
Nous espérons que ce numéro d'Œconomia Humana vous permettra de mieux saisir l'essence et le positionnement d'ISO26000, une norme différente des normes passées, mais sans doute annonciatrice des futurs standards.
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