UQAM › ESG › CRSDD ›  Skip Navigation Links Bienvenue ›   Publications ›   Bulletin Oeconomia Humana ›   Bulletin Oeconomia Humana, volume 11, numéro 3 ›   La crise et les initiatives écologiques ont-elles pris des vacances ?
Le Bulletin Oeconomia Humana
est fier du soutien financier de:

















Bulletin Oeconomia Humana

Automne 2013, volume 11, numéro 3


La crise et les initiatives écologiques ont-elles pris des vacances ?

Par Urbain Yaméogocandidat au doctorat en administration des affaires (UQAM)

 


 

Hormis les soubresauts de la catastrophe nucléaire de Fukushima, l’actualité sur le front écologique et du développement durable en général semble avoir connu une trêve ces dernières semaines. Sans doute noyé par le front social où les morts se comptent par centaines et par milliers dans ce qui reste encore des révolutions arabes, renforcé par le spectre d’une guerre internationale en Syrie. Mais ces conflits ne semblent pas être les seules explications. L’absence de catastrophe majeure, et la reprise timide de la croissance semblent davantage constituer des facteurs explicatifs de la trêve ou de l’indifférence écologique observées sur le plan médiatique et politique.

L’impact des catastrophes écologiques sur la prise de conscience est connu. Les catastrophes sont souvent l’occasion d’un rappel à l’ordre sur le caractère non viable de nos modes de vie, la précarité de nos savoirs scientifiques, la fragilité de nos innovations, et bien plus encore, la turpitude de certaines des aspirations humaines. Elles sont aussi souvent l’occasion de prises de décision fortes comme celle de la sortie de l’Allemagne du nucléaire, contribuant ainsi à régenter certains choix de société. Une fois passées les crises, les initiatives en matière écologique se font rares et c’est le retour au « business as usual ». La catastrophe de Lac Mégantic a été particulièrement retentissante au Québec du fait de son coût humain, déplaçant le débat sur le terrain de la sécurité du transport ferroviaire et reléguant à l’arrière-plan l’impact environnemental de la catastrophe. Pire encore, les catastrophes ferroviaires qui ont suivi en France, en Suisse et surtout en Espagne ont vite fait de réduire la portée de cette catastrophe de Lac Mégantic, alors même qu’elle offre une belle illustration de la mise en jeu de la responsabilité à la fois juridique et sociale de l’entreprise MMA. Hormis cela, tout se passe en ce moment comme si par enchantement une solution magique avait été trouvée aux nombreuses problématiques écologiques qui se posent en ces temps modernes. Mais les derniers soubresauts de l’accident nucléaire de Fukushima viennent remettre en cause cette apparente quiétude et nous rappeler que des risques demeurent. La crise économique avait déjà contribué à reléguer en arrière-plan la crise écologique, mais le timide regain de croissance pèse tout aussi lourdement et de façon défavorable aux problématiques écologiques.

Les perspectives macro-économiques aux États-Unis comme en Europe s’améliorent : retour de l’activité productive, faible destruction d’emplois, retour aux bénéfices pour de nombreuses entreprises notamment des banques (Wells Fargo), etc. La reprise s’annonce enfin, mais sera-t-elle durable ou annonce-t-elle la fin de la crise économico-financière? Là est la question et bien malin qui saura y répondre. Tout ce que l’on peut constater, c’est que ce regain de croissance est une fois de plus tiré par la CONSOMMATION. Tout porte à croire que notre modèle de croissance basé sur la surconsommation a survécu à la crise. Et pour le gotha politique et économique, il ne faut surtout pas refroidir l’ardeur du retour encore timide d’une croissance tant recherché. En France, l’annonce de la contribution climat énergie (taxe carbone) pendant les journées d'été du parti Europe Écologie-Les Verts allié de la majorité a provoqué une levée de bouclier même à l’intérieur de cette majorité. Haro sur la "dictature écologique" ! La croissance d’abord, semble-t-on dire ! L’écologie attendra encore son heure. Ceux qui espéraient que cette crise multidimensionnelle serait le ferment d’une modernisation écologique de l’économie vont devoir revoir leurs prévisions. Dans cet état des faits, il n’est pas inutile de revenir sur les grandes thématiques qui ont meublé les 10 ans d’existence de la Chaire. Corinne Gendron pour ce faire revient sur cinq concepts de ces 10 ans de travaux pour nourrir notre réflexion: développement durable, responsabilité sociale, nouveau mouvement social économique, régulation hybride, et l’entreprise-institution. Sur ces cinq concepts la Chaire a offert une lecture somme toute originale ; nombre d’organismes et d’acteurs académiques se les approprient désormais. C’est sur ce dernier concept d’entreprise-institution et de son rapport (survie) à l’économie globale que Denis Segrestin, nous ramène, à travers les propos rapportés de sa conférence du 6 mai à l'ESG UQAM. Les interrogations de Sylvain Lefèvre sur ce concept dans l’article qui suit sont d’un autre ordre : celle de son affiliation sociale. Richard Janda quant à lui, partant de l’exemple d’Apple nous propose une lecture de l’entreprise comme nœud de significations. Ce numéro de rentrée nous offre ensuite un article de Paulina Arroyo Pardo, professeure de l’ESG nouvellement affiliée à la Chaire, qui lui permet de présenter ses recherches et champs d’expertise, et un article de Sofiane Baba sur les relations entre entreprises et communautés autochtones.

Enfin deux comptes rendus de la table-ronde du CORIM sur la coopération internationale tenue le 02 mai 2013 à Montréal et à laquelle ont pris part François Audet et Olga Navarro-Flores. Alors que Audet propose de repenser les modèles de gestion de cette aide et soutient que la philanthropie et la responsabilité sociale des entreprises deviennent des solutions concrètes au retrait de l’État en matière d’aide internationale, Navarro-Flores, en attendant le mémoire de l’AQOCI se demande si le rêve est permis et l’innovation possible.

Je vous invite, pour finir, à garder à l’esprit que l’actualité québécoise des prochains mois sera rythmée par le processus d’évaluation de la stratégie de développement durable pour le Québec et l’adoption d’une nouvelle. Et pour cause, le 29 février 2012, le gouvernement libéral avait procédé par décret 136-2012 à la prolongation d’une année de la stratégie gouvernementale de développement durable au Québec. Le laps de temps qui nous conduira vers l’échéance de décembre 2014 sera donc celui de l’évaluation et de l’écriture d’une nouvelle stratégie. Le changement de majorité ou de gouvernement sont souvent l’occasion d’un changement d’approche du développement durable comme nous avons pu le remarquer sur de nombreux sujets. La vision et la dynamique du nouveau gouvernement du Parti Québécois sur cette stratégie seront déterminantes pour la suite. La Chaire, comme à son habitude, assumera sa mission en participant aux consultations et en contribuant au débat chaque fois que de besoin. Bonne lecture, bonne reprise ou bonne rentrée !