|
|
Bulletin Oeconomia Humana
Mars 2012, volume 10, numéro 2
Le dur chemin vers la durabilité : quelle place pour l’écologie en temps de crise? Par Urbain. K. Yameogo, Candidat au doctorat en administration
Le chemin vers le développement durable est pavé de bonnes et de mauvaises nouvelles ou surprises. Alors que nous nous acheminons vers la prochaine conférence mondiale des Nations unies sur le développement durable dénommée Rio+20, le développement durable notamment la problématique écologique semble mis à rude épreuve, à travers le monde. En la matière, il n’existe pas d’exception canadienne. Nous l’avions craint et espérions qu’il ne reste qu’un effet d’annonce; mais le gouvernement Harper l’a fait. Le Canada s’est retiré du Protocole de Kyoto après une conférence de Durban qui n’a pas tenu ses promesses. La suite à donner à ce protocole de Kyoto est encore très hypothétique avec le report de l’adoption d’un instrument conventionnel contraignant à plus tard (2020). Si la France, avec l’ensemble des pays de l’Union européenne, a joué un rôle positif dans les négociations de Durban sur le climat, on peut constater que les vrais enjeux du développement durable émergent difficilement dans le débat politique monopolisé par la crise économique. Contrairement à 2007 où le pacte écologique avait rallié presque tous les candidats, au point que le gouvernement avait lancé l’ambitieux Grenelle de l’environnement dès le début de sa mandature, la présidentielle sur fond de crise semble sacrifier la problématique écologique sur l’autel de l’économie et de la lutte contre le chômage. La réindustrialisation pour favoriser les emplois et l’amélioration de sa compétitivité, économique cela s’entend, se posent comme maîtres-mots dans cette campagne, sans pour autant que cette exigence économico-sociale en appelle à une réflexion cohérente sur le corollaire écologique. Et passée l’émotion de Fukushima, la question du nucléaire ne fait pas beaucoup recette. Et pour cause, le grand froid qui a frappé l’Europe avec les pics de consommation d’énergie a donné des arguments de choix aux partisans du tout nucléaire. Si l’Allemagne inspire la France sur le plan économique son option de sortir du nucléaire ne semble pas déchaîner des passions.
Une fois de plus, l’actualité nous donne à voir la persistance de l’opposition frontale entre les différentes dimensions ou piliers du développement durable. Et en période de crise économique, nombre d’acteurs politiques donnent malheureusement l’impression qu’il n’est point besoin d’écologie. Le cas le plus manifeste se laisse voir aux États-Unis. En effet, à la faveur des élections primaires républicaines la confrontation entre l’économique, le social et l’environnemental rejaillit et promet de s’installer au cœur de la présidentielle. Les républicains n’y vont pas de main morte pour critiquer la mise en veilleuse du projet Keystone par le Président Obama. Cette décision fondée entre autres sur les risques et impacts écologiques potentiels du tracé actuel du pipeline aura suffi pour que les prétendants républicains à la candidature rivalisent d’accusations et d’attaques arguant du potentiel de développement économique et des apports en termes d’emplois dans cette période de crise. Et là encore, on ne voudrait pas s’embarrasser d’écologie dans une période où la relance de l’économie américaine doit se faire à tout prix aux yeux de certains politiques. Le Canada apporte de l’eau au moulin républicain, en choisissant de se tourner vers la Chine. Voyant s’éloigner l’espoir de transporter le pétrole des sables bitumineux d’Alberta vers les raffineries texanes à court terme, le Premier Ministre Stephen Harper a entrepris un rapprochement avec la Chine, cristallisant davantage les critiques sur l’administration Obama coupable selon certains de trop se préoccuper d’une écologie nuisible à l’économie, aux emplois et aux relations de bon voisinage avec un partenaire historique. De telles accusations trouveront-elles grâce auprès de l’opinion ou de l’électorat américain? L’affaire Keystone est-elle susceptible d’engendrer pour les démocrates un revers politique et électoral? L’avenir nous le dira! Près de 20 ans après le Sommet de la Terre de Rio, le monde dans sa globalité et les nations sont encore en quête de la meilleure formule pour concilier les différentes dimensions du développement durable. Les forums et instances qui y sont dédiés sont dans une double dynamique de conceptualisation et d’opérationnalisation. En effet, en même temps que les acteurs tentent de mieux définir la notion de développement durable, d’en développer une compréhension partagée et pérenne non soumise aux vicissitudes des crises, ils essaient de le traduire dans la réalité concrète quotidienne des gens et de répondre aux enjeux et défis qui se posent. La Francophonie, institution de coopération par excellence entre les États ayant la langue française en partage, y investit de l’énergie.
Nous saisissons l’occasion du forum de Lyon préparatoire à la conférence de Rio+20 pour vous proposer un numéro spécial consacré au développement durable en Francophonie. Les contributions de ce numéro vous permettront de découvrir la conception somme toute spécifique du développement durable portée par la Francophonie, la valeur ajoutée de sa vision, la manière dont les États membres se préparent à Rio+20 au regard des résultats du forum de Lyon. L’interview de notre rédaction avec Christian Brodhag ainsi que l’article de M. Gueye apportent ainsi un éclairage bien édifiant. L’appel de Lyon semble indiquer que la Francophonie est bien en ordre de marche vers Rio+20. Cette conférence permettra-t-elle pour autant de remettre la crise écologique au centre de la quête des solutions aux crises d’apparence sociale et économique? Les turpitudes de celle-ci réussiront-elles à saper les espoirs portés par les thématiques de l’économie verte et de la gouvernance du développement durable? Osons espérer que les pays membres de la Francophonie par leur appropriation des recommandations de Lyon puissent jouer un rôle actif lors des négociations de Rio+20 afin que cette étape marque un nouveau départ.
Bonne lecture!
|
|
|
|
|