Bulletin Oeconomia Humana
Décembre - janvier 2011, volume 9, numéro 10
Compte rendu du Forum Tremblant sur l’acceptabilité sociale et projets de développement : tendances et meilleures pratiques.
Proposé par Hélène Olland, Candidate à la maîtrise en sciences de la gestion à l’Université du Québec à Montréal.
Le 28 octobre dernier, des membres de la Chaire ont eu l’opportunité d’assister à la 8e édition du Forum Tremblant, l’un des principaux symposiums en matière de responsabilité sociale et environnementale des entreprises en Amérique du Nord. Pour cette année 2011, les présentations et les débats ont porté sur le thème de l’ « Acceptabilité sociale et projets de développement ». Ce présent article a notamment pour objectif de dresser une brève analyse des discussions établies à l’occasion du panel « Tendances et meilleures pratiques : consultations, communications et participations citoyennes ».
Dans le cadre de ce panel, nous avons eu l’occasion d’entendre quatre panélistes s’exprimer à ce sujet. Il s’agissait de Hélène Lauzon, Présidente du Conseil patronal de l’environnement du Québec (CPEQ) ; Serge Cabana, Directeur des relations institutionnelles et extérieures de l’Université de Sherbrooke ; David Cliche, Directeur de projets et directeur du secteur éolien du Groupe S.M.International inc. et ; Bruno Guglielminetti, Directeur communication numériques du cabinet de relations publiques NATIONAL.
Le débat a été introduit et modéré par Catherine Cano, Associée directrice de NATIONAL. Elle a notamment illustré le défi de l’acceptabilité sociale en prenant l’exemple de la sortie récente du nucléaire en Allemagne. Suite à la catastrophe de Fukushima, l’opinion publique allemande s’est révoltée et a fait pression sur le pouvoir en place jusqu’à ce que ce dernier n’ait pas d’autre choix que de se plier à la pression sociale en se retirant du nucléaire. Mme Cano nous démontrait ainsi que l’argent n’est plus l’unique condition de réussite d’un projet. À cela s’ajoute désormais l’acceptabilité sociale, qui se résume à assurer un dialogue constructif avec la communauté en vue d’assurer son adhésion au projet. Appelé plus communément les parties prenantes, il est important de rappeler que ces dernières ont désormais la possibilité de s’organiser et de se mobiliser de façon concrète à travers les réseaux sociaux, de sorte qu'ils représentent un réel contre-pouvoir capable de faire échouer des projets de développement. Comme exemple, nous avons actuellement le cas des projets de développement relatifs aux gaz de schiste.
D’entrée de jeu, le syndrome « pas dans ma cour ! », qui se définit par l’émergence d’une opposition au sein de la population face à un projet jugé source de nuisances, a été abordé par les panélistes. Hélène Lauzon a ainsi souhaité revenir sur l’aspect péjoratif se rattachant à ce terme. En effet, pour de nombreux acteurs, ce dernier se résume à une objection sans fondement de la part du grand public face à un projet. Or, il est important de considérer les préoccupations et les perceptions des citoyens comme légitimes en adoptant un vocabulaire plus nuancé pour définir ce syndrome. Hélène Lauzon adopte plutôt le terme de « participation citoyenne ».
Pour Serge Cabana, il existe avec certitude une corrélation positive entre la gestion optimale du dialogue social et le succès d’un projet de développement. Il s’agit ainsi d’ « Acceptabilité Sociale Nécessaire » reposant sur 4 conditions : (1) un bon projet (d’un point de vue économique, scientifique, environnemental, technique, social, etc.) ; (2) une communication efficace, ouverte et transparente ; (3) une participation intégrée du public ; (4) des mesures de mitigation, de redevances et de compensation pour les citoyens victimes d’une perte. À ce sujet, il est primordial de comprendre que toute réaction rationnelle ou irrationnelle découle d’un sentiment de perte : perte de santé, de qualité de vie, perte économique et de pouvoir. Il serait ainsi plus prometteur pour les entreprises de parler d’un syndrome « vient dans ma cour ! » en vue d’instaurer un dialogue avec les parties prenantes afin d’assurer le bon déroulement de leurs projets.
David Cliche a par ailleurs insisté sur les étapes à adopter dans une démarche d’acceptabilité sociale. Car avant même de se lancer dans un projet de développement, il s’agit de s’interroger sur deux aspects : (1) la question de l’acceptabilité sociale, en réalisant une étude de faisabilité sociale ; (2) et la volonté de prendre part à cette démarche. En effet, l’entreprise doit être prête à écouter ses parties prenantes en créant une table ronde de concertation et en maintenant une relation de confiance et de respect mutuel tout au long du processus. Ceci implique de la part du promoteur de bien vouloir travailler à découvert sur le projet et de la part des citoyens d’accepter de participer à la bonification de celui-ci. Pour assurer le succès d’un tel processus, il recommande l’utilisation des séances d’informations pour utiliser la science et met en garde quant à la non pertinence de grandes séances publiques.
Hélène Lauzon a également rappelé l’importance d’engager la haute direction dans une telle démarche. En effet, sans son appui, il est impossible d’assurer le succès d’un processus d’acceptabilité sociale. Par ailleurs, Mme Lauzon conseille également de ne pas travailler en silo lors de la création d’un projet au sein d’une entreprise mais d’assurer une élaboration transversale entre départements. De plus, elle nous rappelle que le porte-parole de l’entreprise doit être légitime aux yeux de la communauté et être capable de s’exprimer clairement et librement sur le projet.
Pour résumer, il est intéressant de retenir que l’acceptabilité sociale des projets de développement nécessite une réelle volonté de la part des hauts dirigeants de s’inscrire dans une démarche participative et ce dès la conception du projet. Dès le départ, il s’agit de créer une table ronde de consultation avec la communauté et d’être capable de bonifier le projet à chaque étape. Il faut concevoir le projet comme une collaboration gagnant-gagnant avec la population en limitant au maximum les pertes perçues par celle-ci, le cas échéant en les compensant par des investissements au sein de la communauté. Pour reprendre les termes de Serge Cabana il est essentiel que « le développement soit défini par l’ensemble de la société » à travers une participation collective ne visant pas à convaincre mais à faire adhérer.
1Tiré de la page : http://www.tremblantforum.org/fr/apercu/. Consulté le 15-11-2011