Bulletin Oeconomia Humana
Décembre - janvier 2011, volume 9, numéro 10
L’acceptabilité sociale : une opérationnalisation qui cherche ses fondements
Proposé par Danny King, Candidat au doctorat en sciences de l'environnement
L’acceptabilité sociale
La confusion est grande. La terminologie des trente dernières années semble décidée à rester floue : le développement, la gouvernance… et maintenant l’acceptabilité sociale. Elle évoque pour certains la volonté d’un promoteur de faire passer un projet plus facilement en utilisant des subterfuges cachés sous cette terminologie. Pour d’autres, c’est tout un domaine de connaissances peu explorées et nécessaires à l’amélioration de la compréhension des différents enjeux liés à l’implantation de projets dans les communautés visées.
Le Forum Tremblant, tenu le 28 octobre dernier sur le thème « Acceptabilité sociale et projets de développement », tentait d’apporter un éclairage à cette problématique. Les panels ainsi que les périodes de questions ont permis d’identifier plusieurs facteurs ayant un impact sur l’acceptabilité sociale d’un projet. Ce texte n’a pas pour objectif de résumer chaque présentation. Il se veut plutôt une analyse des facteurs d’acceptabilité sociale discutés tout au long de la journée et de leurs impacts sur le développement d’un projet.
L’existence des préoccupations locales
Les projets de développement ont généralement pour conséquence l’implantation d’infrastructures sur un territoire donné. Ce changement soulève des préoccupations légitimes de la part des populations locales. Si les promoteurs font preuve d’une certaine efficacité pour cibler les avantages économiques d’un projet et réaliser les études techniques associées, la prise en compte des autres impacts (sociaux, environnementaux, planification territoriale, etc.) est souvent négligée lors de sa conception. La compréhension du contexte d’implantation d’un projet et ce que cela implique pour une communauté sont des facteurs essentiels afin d’assurer la mise en place un dialogue constructif.
La compréhension des préoccupations a pour objectif de mettre en valeur la perception des populations locales afin d’identifier les problématiques associées à l’implantation d’un projet sur leur territoire. Le promoteur de projet doit avoir la capacité de changer différents éléments de celui-ci afin de s’approcher d’un résultat final concerté ou du moins négocié. Il ne suffit donc pas seulement d’écouter une communauté; il faut être en mesure de prendre en compte ses préoccupations afin de bonifier l’offre d’un projet en proposant, par exemple, des alternatives.
Attitude des promoteurs
La mise en place de ce dialogue touche à un autre point essentiel de l’acceptabilité sociale, celui de son authenticité. L’objectif de bon voisinage demande que les promoteurs fassent preuve d’un civisme attendu de tout individu. Les organisations sont des regroupements d’individus, des êtres humains. Elles ont le droit de se tromper, auquel cas elles ont également le devoir de s’excuser et de mettre en place des mesures correctives. De la même manière, les organisations doivent rester humbles et accepter une certaine humilité à l’implantation d’un projet. La relation directe entre un promoteur et les parties prenantes externes d’un projet se doit d’être empreinte de transparence et d’honnêteté autant dans la planification du projet que dans la réalisation de ses activités.
Plusieurs projets semblent négliger ces aspects liés à la bonne conduite d’un projet. Les cultures d’entreprise sont loin d’être encore toutes formatées à ces nouveaux paradigmes. La mise en place d’une culture du changement des pratiques internes et de la gestion de projet est essentielle au bon fonctionnement d’un projet. Par exemple, les promoteurs doivent rassembler autour de l’équipe de projet, des membres étudiant les différents aspects afin de les prendre en compte lors de la planification. Sinon, le résultat final manquera des informations essentielles et devra être revu aux frais des promoteurs. Dans la même optique, il est important de prendre en compte, le plus en amont possible, les préoccupations des parties prenantes afin de les intégrer à la planification d’un projet.
Média
Les médias jouent un rôle crucial dans le débat public. Les médias traditionnels qui ont pour mission de véhiculer l’information semblent être critiqués. L’adage « pas de nouvelles, bonnes nouvelles » semblerait contraindre certains journalistes à vouloir s’exprimer dans un jargon sensationnaliste afin d’être lus ou écoutés. Si la profession en soi n’est pas ciblée par cette remarque, une partie de ses membres tenteraient de trouver les « bobos » plutôt que d’expliquer une situation dans sa totalité. L’émergence des médias sociaux modifie les modes de communication. Ces médias auraient d’ailleurs quelques avantages. D’abord, ces derniers permettent de rejoindre une population qui n’était pas toujours entendue dans le passé, par exemple, celle qui ne participe pas aux audiences publiques, mais qui a tout de même quelque chose à dire sur le sujet. Les médias sociaux permettraient également de répondre plus rapidement à certaines problématiques qui ne sont pas toujours connues de la part des promoteurs ou qui le seront tardivement dans la démarche de conception d’un projet. Finalement, les membres des médias sociaux font l’objet d’une critique entre eux. Ceci implique qu’un promoteur a accès non seulement à la critique, mais également au contre-argumentaire des autres membres. Ce qui tue parfois dans l’œuf certaines préoccupations.
Facteurs d’acceptabilité sociale
Si le succès d’un projet et sa gestion ne sont pas toujours faciles à évaluer, certains facteurs clés de succès peuvent néanmoins être identifiés. Ils ne permettent pas toujours d’assurer la réussite d’un projet. Toutefois, leur prise en compte donne l’avantage d’étudier des questions auxquelles les gestionnaires ne tiennent traditionnellement pas compte. Ces facteurs peuvent être généraux et s’appliquer à toute gestion de projet. D’autres sont sectoriels et s’identifient à un seul type de projets ou d’activités. Il est impératif que les gestionnaires de projets connaissent ces facteurs, ou du moins se fassent accompagner par une tierce partie qui est en mesure d’assurer une connaissance approfondie de ces facteurs de succès. Si le Forum Tremblant fut riche d’information pour une bonne partie de l’audience, il est tout de même dommage qu’aucun acteur provenant du champ de la recherche n’ait été invité à présenter l’état de la question. Il est en effet intéressant de constater qu’un fossé existe réellement entre la recherche et la pratique dans le domaine de l’acceptabilité sociale. L’exemple le plus intéressant est celui de la filière éolienne. La littérature scientifique pointe depuis le début des années 1980 le paradoxe existant entre l’acceptation « globale » de l’énergie éolienne et la résistance locale des communautés à l’implantation de ce type d’infrastructures. Elle mentionne même une série de facteurs liés à l’acceptabilité sociale de cette filière. Cette littérature riche en explications sur les enjeux associés à l’acceptabilité sociale des projets n’a probablement pas été consultée dans les dernières années au Québec…