Ce mois de décembre 2009, aura lieu à Copenhague une rencontre historique qui vise un nouvel accord mondial pour la lutte contre les changements climatiques. Au Canada, nos gouvernements se disent conscients de la nécessité d’agir : le Ministère de l’environnement du Canada déclare que « les changements climatiques sont une réalité1 » et au Québec, la Ministre Line Beauchamp soutient que « le Québec reconnaît […] l’urgence d’agir dès maintenant pour en atténuer les effets2 ». Malgré le fait que ces deux paliers gouvernementaux reconnaissent la réalité des changements climatiques et ainsi le besoin d’agir pour y faire face, nous verrons que les cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) que proposent l’un et l’autre sont bien différentes. Mais avant de présenter ces cibles, nous allons en premier lieu préciser pourquoi il importe d’agir au plus vite pour réduire nos émissions de GES et de combien nous devrons les réduire afin d’éviter les conséquences les plus graves du réchauffement climatique.
En fait, le GIEC3 (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) apporte des arguments de taille pour inciter à agir. On peut noter entre autres : que 11 des 12 dernières années (en date de 2007) auront été les plus chaudes depuis que l’on enregistre les températures – soit depuis 1850 ; que la température de surface des pergélisols atteint une augmentation de jusqu’à 3 degrés ; que la température des océans a elle aussi augmenté depuis 1961 et que les calottes glacières sont en déclin4.
Selon le GIEC5, parmi les multiples conséquences possibles des changements climatiques, la probabilité est forte d’assister à l’augmentation des vagues de chaleur extrême et des épisodes de fortes précipitations. Il est aussi probable qu’augmentera l’intensité des tempêtes tropicales, tel que les ouragans et qu’il y aura un déplacement des tempêtes extratropicales vers les pôles, modifiant les vents, les précipitations et les températures. Avec la fonte des glaces et l’augmentation de la température des océans viendra aussi la hausse de ceux-ci provoquant l’inondation de régions côtières. L’évolution du climat aura aussi des conséquences sur les écosystèmes alors que le GIEC prévoit une extinction de 20 à 30% des espèces (végétales et animales) si le réchauffement mondial moyen surpasse une augmentation de 1,5 à 2,5% C. De plus, notons que la hausse des températures affectera aussi la santé alors que :
les changements climatiques auront une incidence sur l’état sanitaire de millions de personnes, du fait notamment de l’intensification de la malnutrition, de l’augmentation du nombre des décès, des maladies et des accidents dus à des phénomènes météorologiques extrêmes, de l’aggravation des conséquences des maladies diarrhéiques, de la multiplication des affections cardiorespiratoires liées aux fortes concentrations d’ozone troposphérique dans les zones urbaines en raison du changement climatique et des modifications de la distribution géographique de certaines maladies infectieuses6.
Certes, il est aussi probable que pour un certain temps, les changements climatiques apportent aussi des impacts positifs dans les régions des zones tempérées, comme la diminution des décès dus au froid et une augmentation de la productivité de certaines récoltes dans ces régions; mais les impacts négatifs du réchauffement planétaire contrebalancent tout potentiel d’impacts positifs, comme c’est le cas pour l’agriculture alors que suite à la hausse des températures, le GIEC prévoit que dans certains pays d’Afrique, « le rendement de l’agriculture pluviale pourrait chuter de 50 % d’ici 20207 ». Il apparaît donc que les impacts des changements climatiques seront majoritairement négatifs.
Mais la responsabilité de ces changements climatiques peut-elle réellement être attribuer à l’activité humaine ? Les phénomènes naturels ne contribuent-ils pas eux-mêmes aux changements climatiques ? Sur ces questions, le GIEC est clair alors qu’il considère que:
Le réchauffement général observé de l’atmosphère et des océans, ainsi que la diminution de la masse de glace, étayent la conclusion selon laquelle il est extrêmement improbable que le changement climatique mondial des 50 dernières années puisse être expliqué sans forçages externes, et très probable qu’il ne soit pas uniquement dû à des causes naturelles connues8.
Et ce constat n’est guère surprenant lorsque l’on considère ce qui cause l’effet de serre, ces gaz que nous émettons en grande quantité dans l’atmosphère et qui comptent entre autres le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l’oxyde nitreux (N20).
Or, sous l’effet des activités humaines, les concentrations atmosphériques de CO2, de CH4 et de N2O se sont fortement accrues depuis 1750 […]. La cause première de la hausse de la concentration de CO2 est l’utilisation de combustibles fossiles ; le changement d’affectation des terres y contribue aussi, mais dans une moindre mesure. Il est très probable que l’augmentation observée de la concentration de CH4 provient surtout de l’agriculture et de l’utilisation de combustibles fossiles. Quant à la hausse de la concentration de N2O, elle est essentiellement due à l’agriculture9.
Face à ces constats, il importe donc d’agir afin de réduire nos émissions de GES. Mais quelle devrait être la cible de réduction des GES à viser et combien de temps nous reste-t-il pour agir afin de limiter les impacts négatifs du réchauffement climatique ? Sur la question des cibles de réduction, le GIEC propose de réduire les émissions mondiales de CO2 de 25 à 40% à l’horizon 2020 par rapport aux émissions de 1990 et de 50 à 85% à l’horizon de 205010. Or notons qu’à l’horizon de 2050, ces réductions ne permettraient que de stabiliser la quantité de CO2 à 450 ppm (parties par millions) et que pour certains, le niveau maximal devrait plutôt être de 350 ppm11; ce qui sommes toutes n’est guère rassurant puisque nous avons déjà atteint le niveau de 390 ppm12. Viser une diminution des émissions mondiales de GES de l’ordre de 25 à 40% à l’horizon de 2020 représente donc un objectif minimal, car même avec ces réductions, il se pourrait que celles-ci ne soit pas suffisantes.
Or, quelle cible de réduction nous proposent le gouvernement Canadien et celui du Québec ? Pour le Canada, la cible de réduction proposée est de 20% sous les niveaux de 2006 alors que le Québec propose aussi une réduction de 20%, mais adopte cette fois-ci comme année de référence celle de 1990, soit l’année de référence qui est utilisée par le GIEC et qui est aussi celle du Protocole de Kyoto. Si, pour établir la cible de réduction du Canada, l’on prend en compte l’année de référence de 1990 plutôt que celle de 2006, alors la cible de réduction du Canada n’est que de 3%13 . En fait, l’on note que plusieurs provinces Canadiennes n’adoptent pas comme année de référence celle de 1990 :
• en Colombie Britannique, la cible de réduction de 33% pour 2020 est fixée par rapport à l’année 200714;
• en Alberta, il est prévu que les actions engagées par le gouvernement permettront de réduire les émissions de 14% pour 2050 et ce par rapport à l’année 200515;
• et en Saskatchewan, la cible de réduction de 32% pour 2020 est fixée par rapport à l’année 2004.
Mais d’autres, tout comme le Québec, prennent comme année de référence celle de 1990 et ces provinces visent les réductions suivantes :
• Au Manitoba, la cible de réduction est de 6% pour 201216;