On peut définir le capital investissement comme « une technique de financement spécifique ne se contentant pas d’apporter de l’argent, mais également une assistance au management de la société investie qui devrait jouer à tous les stades de développement de l’entreprise1 ». La démarche consiste à sélectionner des projets à fort potentiel de croissance en ciblant les entreprises ayant la capacité maximale de dégager des plus-values2. Ce qui pose un problème fondamental pour les PME qui peinent à trouver les financements nécessaires pour améliorer leur potentiel de production des plus-values et donc de croissance. La raison est que plus l’entreprise est située en amont du cycle de croissance, plus le niveau de risque financier est élevé, et plus les ressources financières extérieures à l’entreprise sont difficiles à mobiliser.
Ce problème d’envergure s’associe à un autre d’actualité, qui réside dans les difficultés que rencontrent les jeunes entrepreneurs sans expertise commerciale ou financière à établir un partenariat avec les institutions financières. Dans une optique d’assurance de la qualité et du rendement, les banques n’ont pas encore adopté une idéologie managériale coopérative pour encourager les jeunes à réaliser leurs idées d’entreprenariat.
Et là, on parle surtout de PME qui oeuvrent ou qui comptent œuvrer dans le secteur de l’innovation3, secteur qui représente un fort risque financier en raison de la non garantie du succès du projet, et le manque d’informations rassurantes sur d’éventuelles chances de plus-values.
Ainsi, la sortie du capital-risque est devenue de plus en plus aléatoire dans les nouvelles activités, notamment en ce qui concerne les champs d’activités des PME, la rendant ainsi pratiquement impossible pour certaines d’entre elles. Une conjoncture difficile dans un contexte d’instabilité économique, et ce malgré un pourcentage important du financement provenant du secteur public. Une explication à cette situation réside dans l’augmentation considérable des frais et du temps alloué pour l’analyse de la rentabilité économique de ces petits projets, qui dans la plupart des cas, sont en dessous des attentes et estimations de rentabilité quant à la participation au financement.
Bien que largement remarqués en amont, ces mêmes problèmes peuvent durer tout au long du cycle de vie de l’entreprise, en passant par le stade d’amorçage à celui du démarrage. Comme conséquence, on voit que les sous-capitalisations des entreprises et la dépendance à l’égard de financement à court terme créent une situation de déséquilibre et d’instabilité au niveau des ressources disponibles pour bâtir un projet, rendant ainsi la réalisation de tout investissement quasiment impossible selon les moyens traditionnels.
Pour cette raison, et selon des auteurs comme Battini (2000), le capital investisseur joue un rôle privilégié vu la contrainte du financement par fond propre ainsi que la nécessité d’accéder à des mécanismes spécifiques de sélection et de contrôle. Ainsi, l’une des conditions du retour de la croissance se situe au niveau de la diffusion de l’innovation et les projets à risque sur l’ensemble des activités économiques afin de créer une culture de financement pour ce type de projets garantissant ainsi un espace d’entrée à la vie économique régionale et nationale pour des jeunes entrepreneurs.
Par conséquent, l’essor du capital-risque est de nature à lever un des principaux obstacles au dynamisme de l’innovation, surtout en intégrant un financement intelligent qui combine les ressources financières essentielles pour la survie et le développement, et en assistant au management des entreprises investies.
D’une manière générale, le capital investissement peut prendre plusieurs formes d’intervention outre la souscription d’actions appelées les quasi-fonds propres, afin de répondre à la demande exprimée par les firmes et par le marché. Il en résulte qu’à chaque stade de développement de l’entreprise, la souscription d’actions peut être complétée par le recours à d’autres instruments financiers.
Quand au financement des entreprises ayant déjà une certaine taille et une forte croissance, on remarque que le marché boursier peut être sollicité. Mais demeure comme on l’a mentionné tantôt, que les PME en particulier et les entreprises en général, sont connues pour souffrir d’une insuffisance notable en fonds propres, et donc, le capital investissement avec sa composante "capital risque" reste un phénomène nécessaire qui sera amené à se consolider et à se généraliser vers les PME4
Le problème est aujourd’hui global, plusieurs grandes entreprises souffrant depuis le début de la crise économique d’un manque de financement, au même titre que les PME. On assiste ainsi à l’émergence de collaborations multinationales visant à élargir la vision d’élaboration de stratégies réelles concernant les sources de financement. On pense notamment à la possible collaboration entre les banques de développement et les banques commerciales qui permettrait l’avancée de la science et du développement socioéconomique, tout en assurant la profitabilité recherchée de la part des banques commerciales. De même, une collaboration qui mène à des projets mutuels peut atténuer le problème.
Dans l’esprit managérial actuel, il existe un très grand nombre d’opportunités d’investissement dans les PME. La raison est que les compétitions sur les transactions y sont plus faibles, ce qui permet de limiter les phénomènes des ventes aux enchères créant ainsi des prix d’entrée et des frais d’abandon trop élevés. C’est pour cette raison que logiquement, les fonds opérant dans ces PME peuvent avoir des ROA et des ROE (return on equity) importants. En parallèle, les PME constituent une part importante du tissu économique de nos nations. Ainsi, donner leur chance aux jeunes entrepreneurs peut représenter un pari risqué pour les banques, mais un pari qui pourrait relancer notre économie tout en la transformant fondamentalement.
Notes:
1-Pierre Battini, (2000): l’activité du capital investissement.
2-Une plus-value (ou gain en capital) de même qu'une moins-value (perte de valeur à la revente) est la différence positive ou négative entre : le montant de la cession d'un bien ou titre immobilier ou mobilier et son prix d'acquisition, ou sa valeur comptable si des amortissements ont été pratiqués (Wikipedia).
3- L’exemple le plus évident est celui des PME en haute technologie,(comme la télécommunication), qui ne trouvent pas de financement vu que le domaine est innovateur et créatif.
4- La démarche du capital risque est d'avantage sollicitée en Europe, spécialement en France. Des études menées sur le terrain ont montré que le capital risque peut être une réponse structurelle au financement des entreprises.