Bulletin Oeconomia Humana
Automne 2012, volume 10, numéro 6
La recherche du point de vue étudiant: entrevue avec deux collaboratrices de la Chaire
Par Marie-Claude Allard , Candidate au doctorat en administration à l'UQAM et adjointe de recherche à la chaire
M-C. A. : Bonjour Alice et Johanna. Nous sommes réunies aujourd'hui pour discuter de votre expérience en tant qu'étudiantes chercheures à la chaire. Il pourrait s'agir d'une nouvelle rubrique du bulletin.
Pourriez-vous vous tout d’abord vous présenter pour que nos lecteurs en apprennent un peu plus à votre sujet?
Johanna-Maud Egoroff: Je m’appelle Johanna-Maud Egoroff. Je suis actuellement à la maîtrise en sciences de l’environnement à l’UQAM, au profil recherche. Et avant la maîtrise j’ai fait une licence en sciences sociales à l’Université paris Descartes. Je suis en train de faire mon mémoire sous la direction de Corinne Gendron, sur les représentations sociales des maires d’arrondissement de Montréal.
Alice Friser: Alice Friser, candidate au doctorat en administration de l’UQAM, spécialisation responsabilité sociale et environnementale. Je travaille sur les relations entre communautés autochtones et entreprises minières et suis dirigée par Corinne Gendron et Olga Navarro-Flores. Auparavant, j’ai rédigé mon mémoire en sciences de l’environnement sous la direction de Corinne Gendron sur le commerce équitable comme alternative à la crise du coton en Inde.
M-C: Sur quelle recherche travaillez-vous? De quoi s’agit-il?
A : Nous travaillons toutes les deux sur une recherche intitulée : « Le développement durable chez les élus : analyse des représentations sociales dans le monde politique ». Il s’agit de collecter et d’analyser les représentations sociales d’une vingtaine de maires de Montréal, d’une petite trentaine de députés provinciaux et bientôt celles de députés fédéraux.
En gros, on cherche à savoir si les élus actuels, les personnes qui nous gouvernent se préoccupent de l’environnement et comment ils envisagent le rôle de l’État par rapport à la société, à l’économie, à l’environnement et aux groupes de pression. On cherche à connaître ce qu’ils pensent du développement durable et ce que c’est pour eux dans la société d’aujourd’hui.
On cherche à savoir, par exemple, s’ils considèrent que l’État doit intervenir en économie ou si les entreprises sont capables de s’améliorer d’elles-mêmes ou si le marché peut à lui seul s’auto-réguler, et quel est le rôle des groupes de pression dans cette configuration. Ou encore s’ils voient des contradictions entre la protection de l’environnement et la croissance économique.
Trois hypothèses animent cette recherche : dans un premier temps, on pose l’hypothèse que l’environnement est un enjeu objectif pour l’élite politique, c’est-à-dire que les élus, et plus seulement les écologistes se sont approprié l’environnement comme enjeu. Néanmoins, et c’est ce qui fait l’objet de notre deuxième hypothèse, on pense que l’environnement ne constitue pas pour autant un enjeu central pour les élus et qu’il s’articule autour d’autres enjeux comme par exemple l’économie. Finalement, on pose l’hypothèse que les représentations sociales des élus vis-à-vis de l’environnement et du développement durable sont plus variées que celles des dirigeants économiques et qu’elles sont très diversifiées selon les élus.
M-C : Intéressant… C’est une recherche qui vient de commencer?
A : Non, nous l’avons amorcée fin 2009. En fait, il s’agit d’une recherche qui fait suite aux travaux que Corinne Gendron a entrepris dans les années 2000 pour son doctorat sur les représentations sociales de l’élite économique, c’est-à-dire les 50 dirigeants des plus grosses entreprises québécoises. Ultimement, on mettra en parallèle les résultats de la présente recherche avec ceux que Corinne a obtenus en 2000 de manière à préciser la façon dont on peut envisager l’émergence d’un véritable développement durable. Nous sommes trois étudiants à travailler sur cette recherche, Johanna, Gabriel Legaré (aussi étudiant à la maîtrise en sciences de l’environnement) et moi-même. Pour d’avantage d’information sur la recherche, tu peux consulter la page web du projet sur le site de la Chaire et lire le livre le développement durable comme compromis de Corinne Gendron.
M-C : Pouvez-vous présenter certains des résultats préliminaires de la recherche?
A: Nos résultats sont confidentiels et encore effectivement préliminaires du point de vue de l'ensemble de la recherche. Nous avons déjà terminé l’analyse des représentations sociales des députés, mais il est trop tôt pour parler de véritable dévoilement de résultats sur un plan général. Tout ce que nous pouvons te dire aujourd’hui c’est qu’il s’agit d’une recherche passionnante! On peut se considérer privilégiés de savoir un peu plus ce que nos élus pensent du développement durable et sur leur vision par rapport à la société. Tous ne le sont pas, mais certains élus sont très pro-actifs et ça nous permet d’être optimistes. Mais on réalise aussi que la plupart d’entre eux sont confrontés à des obstacles, par exemple l’existence de différents paliers gouvernementaux qui peut constituer une limite à l’action.
M-C : Quel est votre rôle dans cette recherche?
A : Avec cette recherche, on ne s’ennuie jamais : il y a la collecte de données, c’est-à-dire les entrevues avec les élus, l’analyse des données, c’est à dire la codification des entrevues avec le logiciel Atlas-ti et l’analyse des thèmes qui ressortent le plus souvent dans le discours des élus et qui sont les plus pertinents à la recherche et la rédaction d’articles scientifiques pour présenter les résultats de la recherche. On cherche aussi activement des colloques dans lesquels on pourrait présenter ces résultats. Pour le moment, nous les avons présentés dans trois colloques et on s’enligne pour au moins deux autres en 2013. De mon côté, j’ai été principalement impliquée dans la collecte de données et la rédaction d’articles scientifiques. J’ai accompagné Corinne Gendron dans une dizaine d’entrevues qu’elle a menées avec les députés et j’ai par la suite interviewé une quinzaine de maires et deux députés. Je me suis occupée de la prise de rendez-vous avec les élus et de faire le suivi de la recherche auprès d’eux. J’ai expliqué à Gabriel et Johanna comment utiliser le logiciel Atlas ti et me concentre maintenant sur la rédaction d’articles en vue de publier ou de présenter nos résultats en conférence.
J-M : j’ai participé à l’entrevue de certains maires avec Alice et Gabriel. J’ai aussi codé et analysé le corpus des députés provinciaux et je suis en train de faire la même chose avec les maires d’arrondissement. J’ai donné plusieurs conférences à Montréal et dans le monde, et j’ai aidé au travail sur des articles.
M-C : Finalement, qu’avez-vous appris avec cette recherche?
J-M : Sans vouloir faire de la pub, j’apprends beaucoup dans mon travail d’assistante de recherche. J’ai l’impression d’avoir évolué, d’avoir grandi. C’est parfois un combat avec moi-même et les autres, mais le moins que l’on puisse dire c’est que j’apprends des nouvelles choses tous les jours. J’ai dû par exemple vaincre ma timidité à l’oral car nous avons participé à de nombreuses conférences dans le cadre du projet : ce n’est pas encore parfait mais je pense que je suis sur la bonne voie!
A : La recherche m’a beaucoup aidée aussi sur le plan de la timidité et j’ai aujourd’hui beaucoup plus de facilité à m’exprimer en public. Je ne me considère pas pour autant comme une bonne oratrice, mais je n’ai plus peur d’y aller. J’ai aussi nettement amélioré mon esprit de synthèse et ma répartie. Je pense ici aux entrevues que j’ai menées dans le cadre de la recherche. J’ai aussi commencé à écrire des articles en anglais. Finalement, je crois que cette expérience est positive sur le plan du respect des échéanciers et du travail en équipe. On compte les uns sur les autres et c’est suffisant pour avancer ou du moins tout faire pour respecter nos échéanciers. Et Johanna n’en a pas parlé, mais elle est maintenant une pro du logiciel Atlas-ti!
M-C : Que préférez-vous le plus dans votre travail de chercheur/dans la recherche?
J-M : j’aime beaucoup lire et analyser les entrevues, c’est incroyable parfois ce que les gens disent durant l’entrevue, comme ça peut être intéressant et surprenant. Interviewer les gens est très intéressant aussi, même si les maires m’intimidaient et que je ne disais finalement pas grand-chose! Le travail en équipe est très stimulant, mais il peut devenir pénible quand on ne se comprend pas ou qu’il faut prendre des décisions qui conviennent à tous.
A : J’ai adoré mener les entrevues avec les maires de Montréal. J’en ai appris beaucoup sur les rouages de la politique municipale et j’ai rencontré des personnes vraiment intéressantes avec qui j’aurais parfois voulu parler pendant des heures de politique, de problèmes de société et d’environnement. Malheureusement, les élus sont souvent occupés et ne pouvaient le plus souvent nous consacrer plus d’une heure. Je trouve aussi vraiment stimulantes les discussions que l’on a en équipe sur la recherche. Relire les entrevues et les réécouter est aussi très intéressant en ce sens que l’on a parfois l’impression d’entendre des choses qui nous avaient pendant l’entrevue échappées. Et finalement, évidemment, le fait que l’on a tous pu aller donner une conférence à l’étranger pour présenter certains résultats du projet. Gabriel est allé à Vancouver dans le cadre du congrès Sustainability, Johanna et moi sommes allées à Rio dans le cadre de l’ISEE et de Rio +20 et Johanna est ensuite allée à Madrid dans le cadre du congrès annuel de l’IPSA. Sur ce plan, on est également vraiment privilégiés! Sinon, sur le plan de la recherche en général, j’aime rédiger, collecter les données, tant qu’elles sont qualitatives et discuter des résultats d’une recherche.
M-C : Qu'aimez-vous le moins? Quels sont les écueils que vous avez rencontrés?
J-M : Ce que j’aime le moins dans mon travail de chercheuse c’est la répétitivité de certaines tâches (plus ou moins pénibles!), et ce que je trouve difficile c’est de faire des liens entre ce que les répondants disent et la littérature.
A : Je crois que Johanna fait référence à la codification et en particulier au logiciel Atlas-ti. [rires]. Si l’analyse de données est une étape cruciale de la recherche puisqu’elle permet de rendre les données intelligibles, et qu’Atlas est un incontournable, je trouve aussi qu’il s’agit d’une étape fastidieuse et parfois plutôt très énervante. Mais une fois cette étape passée, le plus difficile est fait. Essuyer le refus de certains élus de participer à notre recherche a été aussi un défi, mais en bout de ligne, on a quand même interviewé le nombre d’élus qu’on s’était fixé au départ.
M-C : L’entrevue touche à sa fin. Des éléments à ajouter pour conclure?
A : J’ai hâte de mener de nouvelles entrevues avec les députés fédéraux et de clore la recherche. Mais surtout, j’ai hâte de lire le mémoire de Johanna!
J-M : [rires] Je vais faire de mon mieux pour que tu puisses le lire avant la fin de ton doc!

Johanna-Maud Egoroff après sa présentation au congrès annuel de l'ISEE en juin 2012