Bulletin Oeconomia Humana
Automne 2012, volume 10, numéro 6
RSE et philanthropie
Par Sylvain Lefèvre, Professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale
Sylvain Lefèvre est professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’École des sciences de gestion de l’UQAM depuis le 1e juin 2012 et il vient de rejoindre la Chaire de responsabilité sociale et développement durable. Il enseigne la responsabilité sociale des entreprises et vise prochainement à développer des axes d’enseignements et de recherche sur la philanthropie. Il est membre du comité de rédaction international de la revue Lien social et Politiques.
Il était auparavant professeur de sciences politiques à l’Université de Sherbrooke. Sa formation repose en effet sur un cursus en sciences politiques et en sociologie menée en France et conclue par une thèse de doctorat intitulée Mobiliser les gens, mobiliser l’argent : les ONG au prisme du modèle entrepreneurial, soutenue en 2008. À partir d’une réflexion sur l’action collective, il s’agissait d’étudier l’impact et les modalités d’importation d’instruments propres au monde de l’entreprise afin de mener les opérations de levée de fonds (fundraising) au sein d’univers militants comme les ONG humanitaires et environnementales. Une enquête ethnographique a été menée parmi les professionnels de la collecte de fonds en ONG et notamment sur un programme alors naissant (et aujourd’hui fort développé) de recrutement d’adhérents dans la rue, à travers des agences spécialisées. Cette thèse de doctorat a valu plusieurs prix à l’auteur, témoignant de la portée interdisciplinaire de ce travail : prix de thèse 2009 décerné par la Faculté des sciences juridiques, politiques et de gestion de l’Université Lille 2, prix de thèse 2009 décerné par l’ADDES (Association pour le développement de la documentation sur l’économie sociale) et enfin prix « Le Monde » de la recherche universitaire 2010, récompensant les meilleures thèses francophones en sciences humaines et sociales. La thèse a été publiée sous une forme abrégée et remaniée aux Presses Universitaires de France en 2011 sous le titre ONG & Cie. Mobiliser les gens, mobiliser l’argent.
Par la suite, Sylvain Lefèvre a prolongé ses travaux en s’intéressant à l’évaluation par ECHO, le bailleur de l’Union européenne sur les questions d’urgence humanitaire, des programmes menés par des ONG françaises. Ce postdoctorat mené au Centre d’excellence sur l’Union européenne (McGill-Université de Montréal) a permis d’éclairer la manière dont les impératifs de reddition de compte qui conditionnent ces financements, et la grammaire propre aux auditeurs européens, pèsent sur le travail humanitaire mené par les ONG.
Puis, un second postdoctorat financé par le FRQSC a permis d’aborder un autre terrain mêlant action collective et financement, reddition de comptes et impact sur le travail social : les fondations privées au Québec. À partir de l’examen des partenariats publics-philanthropiques entre la Fondation André et Lucie Chagnon et le gouvernement provincial, il s’agissait à la fois de saisir les enjeux sociopolitiques à l’œuvre, mais aussi les répercussions pour les organisations communautaires financées. À partir de ce cas, un chantier de réflexion collective a été initié, via l’organisation d’un atelier au congrès de la Société québécoise de sciences politiques en 2010 sur le rôle des fondations privées dans la privatisation des politiques sociales. Ce chantier collectif a également donné lieu à la coordination d’un numéro thématique de la revue Lien Social et Politiques sur le thème « Philanthropie et fondations privées : vers une nouvelle gouvernance du social ? » en 2011.
Parallèlement à ce second postdoctorat, Sylvain Lefèvre a participé à une enquête collective (Action concertée FQRSC, « La pauvreté et l’exclusion sociale »), dont est issu un ouvrage publié aux Presses de l’Université de Montréal en 2011 : Lefèvre S., Boismenu G. Dufour P., La pauvreté. Quatre modèles sociaux en perspectives.
Il poursuit aujourd’hui ses travaux en s’intéressant au champ philanthropique québécois : le positionnement et la pluralité des modes d’engagement des principales fondations, leur fonctionnement interne, leurs relations avec les acteurs communautaires et avec les pouvoirs publics, les instruments qu’elles utilisent pour évaluer, encadrer et soutenir des innovations sociales et environnementales. En s’intéressant à l’engagement d’acteurs philanthropiques pour résoudre des problèmes publics, son champ d’investigation se situe à l’intersection de plusieurs enjeux contemporains majeurs : la recomposition de l’action publique, du paysage communautaire et de l’économie sociale.
