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Automne 2012, volume 10, numéro 6


Production et transfert de connaissance: quel(s) rôle(s) pour les écoles de gestion?

Par Lovasoa Ramboisata, Professeurre au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale




Je suis diplômée du programme de doctorat conjoint en administration (UQAM-HEC Montréal- Université McGill- Université Concordia) et actuellement professeure au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’ESG UQAM. Je participe aux travaux de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable, de la Chaire Ivanhoé-Cambridge en immobilier, du Groupe international de recherche en éthique financière et fiduciaire et de la Chaire de recherche du Canada en économie sociale.

Les thématiques sur lesquelles portent mes projets de recherche, d’enseignement et de transfert en entreprises au Québec incluent notamment la triple reddition de compte, la performance sociétale des institutions financières, la gouvernance des organisations collectives et la construction des connaissances sur la responsabilité sociale d’entreprise et les sujets connexes (éthique, développement durable) dans les écoles de gestion. C’est sur celles-ci également que j’ai travaillé lors de mon séjour récent en tant que professeure visiteur à l’Université du Wisconsin à Madison.

Les prochaines lignes s’attarderont à une question sur laquelle je travaille activement actuellement : «quel(s) rôle(s) jouent (ou devraient) jouer les écoles de gestion dans la production et le transfert de connaissances sur la responsabilité sociale d’entreprise (RSE) et les sujets connexes tels l’éthique et le développement durable (DD)?». Bien entendu, de cette interrogation en découlent d’autres, notamment, celle du rapport entre les chercheurs et enseignants en gestion, d’un côté, et les intervenants des milieux des affaires et économique (dirigeants d’entreprises, agences de notation, investisseurs institutionnels, cabinets-conseils, autorités des marchés, agences de normalisation, etc.) de l’autre côté. Ainsi, j’ose estimer que la portée et les implications des réflexions, débats et recherches sur une telle question pourraient dépasser la circonscription technico-managériale. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis lancé le défi de travailler là-dessus. Au moment de composer cette note, je me trouve au stade de démarrage de deux études liées à la question mentionnée plus haut. La première porte sur l’enseignement et la deuxième, sur les collaborations chercheurs-praticiens.

L’impératif et l’urgence de former le public ainsi que les actuels et futurs leaders sociaux, économiques et politiques aux principes et pratiques de responsabilité sociale et de DD semblent largement admis et situés parmi les projets ou priorités des grandes instances à différents niveaux. L’Organisation des Nations-Unies a, par exemple, déclaré 2005-2014, Décennie de l’éducation pour le développement durable. Le gouvernement du Québec, dans sa Stratégie nationale de développement durable (2007) place la formation des cadres et du personnel de l’administration publique aux enjeux du DD et de la RSE parmi ses principaux objectifs. L’importance du rôle des universités dans ce renouvellement de la formation des leaders semble également acquise. Si l’on regarde plus spécifiquement le cas des écoles ou facultés de gestion, la question n’est plus vraiment de savoir si elles doivent intégrer l’éthique, le social et l’environnemental au cursus mais plutôt comment (voir par exemple le cahier spécial du Journal of Management and Organization, volume 17, numéro 5, en septembre 2011). Mon projet a comme objectif de faire un état des lieux des pratiques d’intégration de la RSE et des sujets connexes à l’enseignement en gestion et comprend deux étapes. La première porte sur un échantillon international d’écoles de gestion jugées avant-gardistes au monde puisqu’elles font partie du classement Beyond Grey Pinstripes (écoles ou facultés ayant les mieux intégré la RSE et le DD à la formation en gestion). La deuxième se concentre sur les écoles ou facultés de gestion canadiennes qui font ou non partie du classement Beyond Grey Pinstripes, qui appartiennent à d’autres classements du même type au niveau international ou à celui canadien ou encore celles qui offrent soit des programmes spécialisés en RSE menant à au moins un certificat soit une spécialisation en RSE à l’intérieur de programmes menant à un diplôme.

Ma deuxième étude porte sur une autre forme de production et de transfert de connaissances, soit les collaborations chercheurs-praticiens. Les organisations (entreprises privées, villes, sociétés d’Etat, agences gouvernementales, associations, etc.) font appel aux chercheurs pour les «accompagner» dans leur démarche générale de RSE et ou dans le développement et la mise en place de dispositifs spécifiques de gestion (par exemple, plan d’action de DD, politique de financement responsable, codes d’éthique et de conduite, politique d’achat responsable, triple reddition de compte, outils de diagnostic de la performance environnementale, etc.). Mon étude se focalise sur les collaborations entre des organisations collectives (ayant une mission à la fois économique et sociale telles les coopératives et entreprises d’économie sociale, les sociétés d’Etat, les administrations publiques), d’un côté, et les chercheurs provenant des écoles ou facultés de gestion, de l’autre côté. Et pourquoi celles-là? Sur la base des résultats de ma thèse de doctorat et d’autres travaux subséquents, j’ai constaté que des espaces d’innovation dépassant la stricte démonstration de la «matérialité» de la RSE et du DD s’y dessinent. Il convient de rappeler que si les collaborations chercheurs-praticiens sont généralement vues comme une stratégie «gagnant-gagnant», elles ont souvent suscité la suspicion à cause des risques perçus d’instrumentalisation des travaux des chercheurs. Ces risques s’avèrent plus élevés, lorsque c’est la quête de la «preuve» de la «matérialité» de la RSE et du DD qui motive principalement les collaborations. Mon hypothèse est que, dans leur démarche de RSE ou de DD, des logiques autres que cette quête de la preuve de la matérialité motivent les organisations collectives à collaborer avec les chercheurs. Comment cela s’exprime à travers la coordination de ces collaborations? Comment qualifier les rapports entre les parties prenantes à ces collaborations? Quel(s) rôle(s) y jouent les chercheurs? Je me trouve actuellement au stade de l’élaboration du protocle d’enquête sur le terrain visant à répondre à ces questions. Le dernier article de Lovasoa Ramboarisata, en collaboration avec Andrée De Serres, s’intitule « Mesures de performance adaptées aux insitutions financières coopératives : la contribution des chercheurs universitaires en tant qu’agents de changement ». Il paraîtra dans le numéro 257 de la Revue des sciences de la gestion en novembre 2012.