doctorante en administration, ESG UQAM
Généralement entendue comme la responsabilité des entreprises vis-à-vis de la société, la RS est un moyen qui permet aux entreprises de réfléchir et de contribuer au bien-être de la société et au développement durable. Fondée sur des grands principes auxquels tous peuvent aspirer, comme le respect de droits de la personne, la RS prend forme dans des contextes socioéconomiques spécifiques et souvent en réponse à des problématiques particulières qui déterminent les attentes de la société à l’endroit des entreprises. Qui plus est, la RS est continuellement en mouvance, sensible à l’actualité et sujet au changement. Ainsi faut-il comprendre la RS comme un concept polysémique, multidimensionnel et dynamique.
Au Québec, on s’intéresse depuis plusieurs années à la dimension environnementale de la RS, et nombreuses sont les entreprises qui ont pris le pas en ce sens. Mais qu’en est-il de la dimension sociale, c'est-à-dire, de ce qui touche directement l’humain? Si l’importance de la responsabilité des entreprises à l’endroit de l’humain parait évidente dans certaines régions du monde, le travail des enfants et les violations des droits de la personne paraissent d’emblée moins fréquentes au Québec. Par contre, certaines problématiques bien réelles ici devraient attirer l’attention des entreprises.
La santé, entre autres, constituera un enjeu majeur au Québec dans les années à venir. Les maladies cardio-pulmonaires, le diabète et plusieurs formes de cancer sont en expansion. Ces maladies sont non seulement plus fréquentes, mais se manifestent chez des gens plus jeunes. Même si on meurt moins de ces maladies aujourd’hui, il n’en demeure qu’elles sont les principales causes de décès au Québec. Selon l’Institut de la santé publique du Québec, 425 000 personnes étaient atteinte de diabète en 2004-2005, et l’Organisation mondiale de la santé prévoie que le nombre de personnes atteintes dans le monde doublera d’ici 2025. D’autres chiffres évoquent la hausse du diabète chez les jeunes enfants, tandis que la Société canadienne du cancer estime que deux personnes sur cinq au Canada seront atteintes d’un cancer au cours de leur vie. Au rang des principaux coupables : pollution, sédentarité, stress, obésité, hyper-tension. Bref, des maladies qui découlent directement de nos modes de vie et de notre alimentation.
Les chiffres évoqués ci-dessus devraient résonner comme autant de sonnettes d’alarmes. En cette période de vacances qui débute, j’attire votre attention sur le temps, ou plutôt, sur l’organisation du temps – variable fondamentale dans nos modes de vie. Contrairement à nos ancêtres, dont le rythme de vie était tributaire de la nature et des saisons, nos vies suivent le rythme des dates de tombées et des rendez-vous d’affaires. Ceux-ci déterminent l’heure à laquelle on mange, on dort, on joue, l’heure à laquelle on passe prendre les enfants à la garderie et la date à laquelle on peut prendre des vacances. Le travail est omniprésent : nous y passons parfois plus de 50% de notre temps d’éveil et il nous suit partout grâce à nos blackberrys et autres gadgets intelligents. Les aléas du travail, comme le temps de transport, réduisent encore plus le temps disponible pour d’autres activités. Le temps est ainsi devenu tout à la fois une denrée rare, précieuse, et une source continuelle de pression. Pour « sauver du temps », nous avons développé toutes sortes de réflexes : on achète de la nourriture préparée, on mange plus vite, on se déplace en voiture, on prend l’ascenseur, on dort moins et on fait moins de sport – des habitudes susceptibles de nuire à notre santé.
Certaines entreprises prennent déjà des mesures pour améliorer les conditions de travail des leurs travailleurs : politiques de conciliation travail-famille, horaires aménagés, télétravail. D’autres installent des jardins sur les toits, des programmes de transport actif, des garderies et mettent en place des programmes de sensibilisation de toutes sortes.
Ces mesures seront-elles suffisantes? Non, certainement pas. Les facteurs qui interviennent sur la santé sont nombreux et l’action concertée des entreprises, de l’État et de la société civile sera nécessaire. Le rôle des entreprises reste néanmoins majeur dans l’amélioration de la qualité de vie des gens.
Dans ce numéro spécial sur la dimension sociale de la RS, vous trouverez des articles sur cette dimension encore méconnue de la RS et sur le rôle des GRH dans sa mise en œuvre. Je vous en souhaite bonne lecture, et surtout, du temps pour le lire.