Bulletin Oeconomia Humana

Mai 2012, volume 10, numéro 4


Le défi est grand, la mouvance est là, alors peut-on y arriver?
Salma Ktat, candidate au doctorat en sciences économiques

 


 

Le mercredi 4 Avril 2012 s’est tenue à HEC Montréal la cinquième édition consécutive du Forum des Entreprises Socialement Responsables (FESoR) co-organisé par l’École des Hautes Études de Commerce de Montréal et le Groupe HumaniTERRE, une association étudiante regroupant des étudiants, des professeurs et des professionnels de l’école. Acteur influent dans le «tournant vert» qu‘a entamé le monde des affaires québécois, le Groupe HumaniTerre s’est donné comme mission la sensibilisation du monde des affaires à une gestion socialement responsable et, à cette fin, collabore avec HEC Montréal à l’organisation du Forum des Entreprises Socialement Responsables. Ce forum offre ainsi l'opportunité de mener un débat entre des professionnels de la RSE et du développement durable, des étudiants de tous niveaux et des professeurs. C’est alors l’occasion d’apprendre de leurs expériences académiques et professionnelles, leurs réalisations, et leurs réflexions au sujet du concept même d'entreprise socialement responsable.
 
Pour cette édition, le Forum des entreprises socialement responsables a accueilli en conférence quatre invités anciens diplômés de HEC Montréal pour traiter de la responsabilité sociale des entreprises. Il s’agissait de : Olivier Gamache (BAA Finance 2002) travaillant au Groupe investissement responsable, Marie-Pierre Dufort (MBA) en poste à Bénévoles d’Affaires, Philippe Lanthier (DESS 2008) en poste à Taktetik, et Gildas Poissonnier (MBA), Créateur Hecodurable et conseiller chez Deloitte. L’animation de conférence a été assurée par Pierre Batellier, coordinateur de la direction du développement durable à HEC Montréal.
 
Entamant le débat, Gildas Poissonnier a mis l’accent sur trois points jugés essentiels dans un processus de Développement Durable : l’éveil (ou le réveil), la crédibilité (ou encore légitimité) et le réseautage. Par éveil, il vise la prise de conscience de l’intérêt des notions de RSE et de développement durable. Une telle prise de conscience vient à travers l’apprentissage, les cours pris à HEC Montréal, par exemple, et une réflexion sur la manière de les mettre en action dans la vie professionnelle. Par crédibilité, il vise la transparence des actions de l’entreprise en développement durable, et la fiabilité des informations sociales et environnementales communiquées à ses différentes parties prenantes. Enfin, Mr Poissonnier note l’importance du réseautage et les relations avec des gens de spécialité dans le processus d’implantation ou d’implémentation de la responsabilité sociale dans l’entreprise.
 
Olivier Gamache intervient à ce niveau pour attirer l’attention sur le manque de conscience et d’applicabilité de ces notions de la part de quelques professionnels de « l’école ancienne »; comme de dire « moi, le développement durable ça m’intéresse, mais les enfants qui travaillent je m’en fous!». Cet exemple peu sensé est juste pour dire que la RSE doit être vue comme un concept générique et intégrale, englobant à la fois l’aspect théorique (les cours, tout ce qu’on apprend pendant le cursus académique) et pratique (la déclinaison dans la vie professionnelle).
 
On a ainsi, à la suite de ces observations, discuté de l’insertion dans la vie professionnelle des jeunes diplômés qui se sont spécialisés sur ces questions et des obstacles à une telle insertion. Selon Philippe Lanthier « il n’y a pas de jobs en développement durable », mais la possibilité de s’impliquer dans l’organisation avec sa propre « sensibilité » est toujours ouverte. Il appartient au jeune diplômé appelé à occuper une quelconque fonction au sein de l’organisation, de s’efforcer d’avoir un impact, la changer, la rendre socialement responsable. « On peut tout faire d’une façon responsable […] Impliquez-vous, et trouvez une niche », réplique Olivier Gamache. D’autres obstacles pour le développement durable, en général, résident dans les idées préconçues des entrepreneurs, leur cynisme, les pressions économiques, les tensions intergénérationnelles entre les professionnels de formation très traditionnelle et les nouveaux diplômés avec une formation contemporaine, etc.
 
Au regard de ce diagnostic qu’ils ont posé et des contrariétés qui en résultent, la solution envisageable s’avère l’implication dans la communauté; cette implication peut, dans certains cas, être indirecte. Et c’est le cas de Bénévoles d’affaires, une organisation qui fournit des services d’intermédiation ou « de jumelage » entre des gens d'affaires désireux de s’engager et des organismes à but non lucratif du grand Montréal. Mais, l’inconvénient pour de telles organisations intermédiaires est le risque de non accomplissement de leurs critères ou des buts qu’elles se sont assignés. Reprenons l’exemple de Bénévoles d’affaires pour lequel « les critères sont : les enfants, les femmes et la santé », tels que mentionnés par Marie-Pierre Dufort, membre de cette organisation. Du fait de sa posture d’organisation intermédiaire, Bénévoles d’affaires peut difficilement s’assurer du respect, par ses partenaires, de ses critères de développement durable, et donc de l’atteinte des objectifs qu’elle s’est fixée.
 
Vers la fin du colloque, les quatre invités ont abordé les motivations pour une démarche de développement durable. Ces motifs s’avèrent multiples; mais les plus marquants sont le motif du « bien-paraître », ainsi que le motif « d’être des promoteurs de changement » pour les entrepreneurs adoptant une telle démarche de développement durable.
 
Enfin, le débat s’est terminé avec une multitude de questionnements. Olivier Gamache est revenu sur la question du caractère plénier et intégral de la responsabilité sociale, pour arriver au constat que « Soit on est responsable, Soit on ne l’est pas ». Et il clôture la conférence par un questionnement majeur : « Le défi est grand, la mouvance est là, alors peut-on y arriver? ».