Bulletin Oeconomia Humana
Septembre 2010, volume 8, numéro 7
Présentation de Bernard Girard
Par Bernard Girard, chercheur affilié à la CRSDD

Bernard Girard est chercheur affilié à la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable. Il est aussi consultant en management, chroniqueur radio, journaliste, conférencier, auteur de plusieurs livres sur le management et ses théories, la littérature et l’économie ainsi qu’observateur des nouvelles technologies depuis plus de vingt ans.
Bernard Girard est docteur en philosophie (Paris X). Longtemps consultant en entreprise, spécialiste de la gestion des ressources humaines, il s’est intéressé aux évolutions du contrat de travail et des méthodes de gestion. Il est l’auteur d’une histoire des théories du management en France du début de la révolution industrielle à la fin des années trente, d’un livre sur le management chez Google (Google, Une révolution dans le management, 2006, traduit en 9 langues) et de nombreux articles sur ces sujets.
Sa carrière professionnelle l’a conduit à accompagner plusieurs entreprises dans leurs démarches de développement durable. C’est à ce titre qu’il s’est intéressé aux questions d’éthique des affaires et a abordé les problèmes de la responsabilité sociale de l’entreprise. Pourquoi les entreprises éprouvent-elles le besoin de créer des chartes éthiques? Pourquoi se préoccupent-elles tant de la responsabilité sociale? Peut-on se contenter de parler d’hypocrisie organisationnelle? Ou faut-il prendre au mot les dirigeants lorsqu’ils affichent une conscience écologique? Et s’il est vrai que la signature de chartes n’est pas une garantie de comportements impeccables, à quoi servent-elles?
L’analyse des pratiques l’a amené à conclure que ces chartes et autres déclarations d'intention comptent moins que leur processus d’élaboration qui donne aux entreprises la possibilité d’entrer en dialogue avec les organisations qui font la promotion de ces nouvelles valeurs et de se familiariser avec les attentes nouvelles de la société.
Ces interrogations, mais aussi ses contacts réguliers avec des dirigeants d’entreprise l’ont rendu tout particulièrement sensible aux contradictions, souvent négligées, entre les comportements que ceux-ci privilégient dans le cadre de leur travail (lorsqu’ils prennent des décisions qui vont à l’encontre de l’intérêt collectif) et leurs croyances privées (qui valorisent l’intérêt collectif) telles qu’elles s’expriment notamment dans leurs comportements d’électeurs ou de consommateurs.
Ces dissonances entre croyances et comportements, produisent une souffrance propre aux méthodes de management modernes qui vient s’ajouter à celles plus classiques liées au travail industriel. Quelle est, dans cette souffrance, la part des institutions, des méthodes de management, de l’organisation? Quelle est celle de la psychologie individuelle? Quelle place une entreprise responsable doit-elle accorder à la lutte contre ces souffrances? Et sur quels facteurs agir? La sélection des acteurs, salariés, encadrement, la constitution des équipes, l’organisation des tâches? La psychologie des acteurs (personnalités perverses) et les effets de groupe sont les pistes les plus naturellement suivies par le management lorsqu’il est confronté à des cas de souffrance au travail, mais n’est-ce pas là une manière de se dédouaner de toute responsabilité? Celle-ci n’est-elle pas plutôt à chercher du coté des règles et protocoles?
Autant de questions qui amènent naturellement à appliquer le concept de responsabilité sociale à d’autres champs que celui de l’environnement et à intégrer dans la réflexion des facteurs souvent sous-estimés : organisation, méthodes de management, procédures, routines… Ce qui permet de situer la démarche RSE au coeur des problématiques de gouvernance et de gestion.
Bernard Girard poursuit actuellement cette analyse des contradictions entre les pratiques et les valeurs des individus et des institutions dans deux directions : du coté de l’éthique, ce qui l’a amené à entreprendre une relecture des méthodes de management à la lumière d’Aristote, travail qui fera l’objet d’une publication fin 2010, et du coté de la théorie de la fiction, de ce que Henri Bergson appelait la fonction fabulatrice. C’est dans le cadre de cette dernière approche qu’il connaît bien pour avoir, par ailleurs publié plusieurs articles sur l’avant-garde littéraire et musicale et un livre sur le lettrisme, mouvement d’avant-garde des années 50 (Lettrisme, l’ultime avant-garde, 2010), qu’il participe au projet de recherche de la chaire sur la science-fiction : en quoi et comment des fictions peuvent produire du social?
Bernard Girard tient, par ailleurs, une chronique économique hebdomadaire sur AligreFM, une radio parisienne et anime, sur cette même radio, une émission consacrée à la musique contemporaine.
Plusieurs de ses textes sont disponibles sur son site internet.