En temps de crise financière, lorsque les entreprises s’écroulent, que le pouvoir d’achat baisse, et que les dirigeants d’entreprises s’enrichissent, les remises en question du système dans lequel nous vivons sont au goût du jour : syndicats, membres d’organisations non gouvernementales et politiciens réfléchissent à des mesures qui permettraient un meilleur équilibre des richesses.
Nous pouvons aisément constater que les écarts de revenus entre les plus riches et les pauvres se creusent d’année en année: jusqu’en 1800, il y avait 100 riches pour 130 pauvres ; suite à la révolution industrielle, en 1850, nous comptions 100 riches pour 1100 pauvres. A l’heure actuelle, il y a 100 riches contre 5500 pauvres qui vivent sur la Terre.
D’autre part, les différences incomparables entre les rémunérations des salariés moyens et des dirigeants des entreprises symbolisent ces écarts: par exemple, en France, la rémunération globale des patrons du CAC 40 représentait 380 SMIC en 2006, se stabilise depuis quelques années aux alentours de 400 SMIC ; le constat est semblable aux États-Unis.
Au Canada, selon le Centre Canadien de Politiques Alternatives, un PDG moyen gagne autant en une journée de travail qu’un travailleur moyen en un an ; cet écart était 4 fois moins important il y a 10 ans. De plus, tandis que tous les salaires des PDG qui dépassent le milliard de dollars ont connu une augmentation de 22% de leur salaire entre 2007 et 2008, les salaires des employés moyens évoluent selon les normes gouvernementales. Roger Martin, de l’université de Toronto, confirme que ces écarts se creusent plus particulièrement depuis les années 1980.
Les parachutes dorés renforcent ces réalités et se retrouvent ainsi régulièrement aux premières pages des critiques des journaux : définis par la cour Suprême des États-Unis dans l’arrêt Schreiber c. Burlington Northern Inc1. comme suit (traduction libre): « accords entre une entreprise et ses salariés haut placés qui leurs garantissent un emploi durable, des paiements forfaitaires, ou autres bénéfices en cas de changement de direction ». Ces rémunérations comportent les salaires, bonis, recettes tirées d'options sur titres et autres paiements. Ainsi, ces salariés touchent des sommes extravagantes tandis que de nombreux postes peuvent être supprimés suite à des fusions/acquisitions ou autres changements stratégiques.
C’est donc dans des objectifs de gouvernance et de transparence que des réformes ont été ratifiées dans les pays de l’union européenne tout d’abord, où la rémunération des dirigeants constitue une préoccupation des investisseurs socialement responsables, puis aux États-Unis suite à l’affaire Enron notamment. Les investisseurs s’intéressent désormais au lien entre la performance des entreprises et la rémunération de leurs dirigeants. Ainsi, d’après l'Investor Responsability Research Center (IRRC), plus de la moitié des résolutions proposées par des actionnaires sur 2000 entreprises cotées portent sur les rémunérations jugées excessives des dirigeants.
Une commission « pour le retour de la confiance dans les entreprises privées » a même été créée en 2002 afin de proposer des recommandations aux chefs d’entreprises dans le but de restaurer la confiance des américains, qui selon Peter Peterson (président du fonds d'investissement Blackstone et du conseil d'administration de la Réserve fédérale de New York), déclarent à 74% n'avoir plus confiance dans les patrons de grandes entreprises.
Le président Obama a montré son envie d’aller en ce sens en plafonnant la rémunération des dirigeants d’entreprises bénéficiant d’une aide de l’état à 500 000 dollars annuels, dés ses premiers jours à la maison blanche (le 04 février 2009). Ainsi, ces mesures pourraient être suivies en France par le président Sarkozy avec un plafonnement de 500 000 euros.
Au Canada, la situation est différente : d’après Michel Nadeau, directeur général de l'Institut sur la gouvernance, « Aux États-Unis, l'argent qui est investi dans les banques, c'est l'argent des contribuables, c'est l'argent du gouvernement. Au Canada, il n'y a pas d'investissement public dans les banques canadiennes. Ce qu'on verse aux patrons des banques, c'est l'argent des actionnaires ». Tout le monde n’est pas de son avis, Bernard Landry, enseignant à l’ESG de l’UQAM, pense que les réformes proposées par Obama permettraient d’éviter des excès qui scandalisent la population.
La fondation progressiste indépendantiste Terra Nova propose d’aller encore plus loin dans les réformes en mettant en place des « systèmes d’interdiction et de fiscalisation de certaines rémunérations jugées excessives voire indésirables » : par exemple, la fondation propose d’éviter de recourir à des rémunérations en actions ou en stock-options, car même si elles peuvent donner le sentiment de motiver les dirigeants, elles peuvent aussi engendrer des comportements non éthiques. En effet, les intérêts des dirigeants et des entreprises ne sont pas toujours convergents…
Note:
1:(1985) 472 U.S. 1, p. 3 (U.S.C.)
Sources :
Benaroche P.L., Germain L., 2007, Les « golden parachutes » : atterrissage parfois soudain, Montréal, 39p.
Comité de Solidarité Trois-Riviéres, Les grands enjeux, comprendre le monde - la société, Avril-Mai 2008.
Courtecuisse M., 2006, Rémunération des dirigeants : mensonges et vérités, Débat 2007.
Desjardins F., 2009, Petite histoire de gros salaires, Le Devoir.
Maurice B., 2008, Des règles pour la rémunération des dirigeants des grandes entreprises, Terranova.
Schott T.W., Tiessen P., 1995, Les hauts et les bas de la rémunération des patrons, CA Magazine, pp 35-39.
Smée V., 2003, Les rémunérations des dirigeants américains de plus en plus contestées, Novethic.