Professeure au Département des sciences juridiques de l'UQÀM et collaboratrice à la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l’École des sciences de la gestion de l’UQÀM, Annie Rochette a une expérience significative en matière de recherche dans le domaine du droit de l’environnement et du droit du développement durable, ainsi qu'en éthique de l'environnement. Elle a bien voulu accepter de répondre à nos questions.
Rédaction : Pouvez-vous nous définir vos recherches sur le droit international de l’environnement ?
A.R. : En fait, mes recherches en cours sont fondées sur les théories féministes et éco-féministes. Cela me permet d’effectuer une critique de certaines des prémisses fondamentales du développement durable et de questionner la viabilité du développement économique dans un système capitaliste mondial de libres échanges commerciaux, tout comme la relation d’exploitation qu’entretiennent les humains avec la nature. Je me penche également sur la relation entre le développement durable et les femmes, ainsi que les impacts de la libéralisation des marchés sur les femmes, les pauvres dans les pays en émergence et sur l’environnement.
Rédaction : Qu’en est-il de l’évolution du droit international de l’environnement ?
A.R. : Dans le cadre d’une analyse féministe, on peut venir à la conclusion que le droit international de l’environnement n’est pas en mesure de répondre adéquatement aux défis environnementaux, mais également humains auxquels nous faisons face. On pense par exemple aux changements climatiques, à la perte de la biodiversité biologique, à la pollution, à l’appauvrissement des sols et des cours d’eau ainsi que la pauvreté et les inégalités sociales. Malgré l’intégration des femmes et de la dimension genre aux instruments de droit international de l’environnement depuis la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (Rio, 1992), la santé de la planète et de ses habitants, ainsi que les inégalités sociales entre les pays du Nord et les pays du Sud, et entre les hommes et les femmes (et entre les riches et les pauvres) au sein des mêmes nations, ne font qu’empirer. Il est donc impératif de repenser les prémisses fondamentales du droit international de l’environnement afin que celui-ci puisse servir d’outil efficace pour la protection de notre planète et l’atteinte équitable d’une qualité de vie pour tous ses habitants.
Rédaction : Vous vous intéressez maintenant à la pédagogie du droit ?
A.R. : Oui, depuis près d’une dizaine d’années je me questionne sur la pédagogie du droit. Je complète présentement mon doctorat sur la pédagogie dans les facultés de droit au Canada, sous la direction du professeur Desmond Manderson à McGill. En plus de faire l’état des lieux en ce qui concerne les objectifs et les méthodes d’enseignement et d’apprentissage, ce projet cherche à expliquer les facteurs qui influencent les choix pédagogiques des professeures et professeurs. Cette recherche me permet également d’approfondir mes connaissances des méthodologies sociologiques d’analyse qualitative. C’est d’ailleurs dans le cadre de ces recherches et de mon travail au sein de l’exécutif de l’Association canadienne des professeur(e)s de droit que j’ai cofondé la Revue sur l'enseignement du droit au Canada, revue dont j’ai été la rédactrice en chef.
Rédaction : Mais vous enseignez vousmême dans une faculté de droit ?
A.R. : En fait, j’enseigne au Département des Sciences Juridiques le droit international de l’environnement au niveau du baccalauréat et de la maîtrise, ainsi que le droit de l’environnement et des cours de méthodologie, en essayant toujours d’innover avec des méthodes pédagogiques interactives et en encourageant l’apprentissage coopératif.
Note: Cet entretien a été réalisé en 2008 par la rédaction du bulletin Oeconomia Humana.