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Bulletin Oeconomia Humana

Avril 2010, volume 8, numéro 3

A qui imputer la responsabilité de la crise environnementale ?


Par Kristell Labous, candidate au master développement durable à l'Université Paris Dauphine
Catégorie : environnement

La croissance économique, paradigme fondamental de notre société capitaliste, n'est-elle pas seulement une construction sociale des consommateurs et des producteurs? Le modèle fordiste nous a convaincu que le progrès social se traduit par la consommation, que la science dispose de capacités illimitées et qu'elle peut compenser les faiblesses de l'homme. L'individu considère qu'il est pauvre s'il ne peut consommer comme son voisin. La bourse et le marché mondial considère qu'une entreprise n'est plus prospère si elle ne fait pas de bénéfices supérieurs à l'année antérieure.

Les dirigeants des grandes entreprises ont été formés dans les plus grandes écoles de gestion et de commerce du monde pour conduire les entreprises à davantage de profits, de rentabilité, de croissance, de production, de ventes, d'investissements sur le marché... Ils n'ont pas été formé à protéger les écosystèmes, à bien gérer les ressources naturelles utilisées, à gérer les pollutions industrielles. Ils ont appris à être productif sur le marché, à participer à la croissance économique et non à la remettre en cause.

Notre société mondialisée contribue à la pérennité du système fordiste: le consommateur est toujours plus sollicité, les actionnaires réclament toujours plus de rentabilité aux dirigeants des entreprises.

A qui imputer la responsabilité de la crise environnementale? Aux consommateurs? Aux dirigeants? Aux actionnaires? Aux entreprises?

Je voudrais illustrer cette question par l'histoire de l'oeuf et de la poule. On ne sait déterminer quel est celui qui est arrivé en premier. Entre l'offre des entreprises et la demande des consommateurs, on ne peut déterminer lequel est responsable de la boucle: croissance économique, surexploitation des richesses, crise écologique.

Les écologistes tiennent pour responsables les dirigeants des entreprises qui surexploitent les ressources naturelles, polluent l'eau, l'air et la terre de leurs déchets, maintiennent un déséquilibre économique entre le Nord et le Sud, pour continuer à accumuler des richesses.

Les dirigeants des entreprises, à la question de la définition du développement durable, considèrent la population comme seule responsable: d'une part, les pays du Sud devraient freiner leur croissance démographique, d'autre part, les solutions pour un développement durable reposent sur la sensibilisation des consommateurs, l'éducation des dirigeants et des salariés, le développement de technologie. Ils rejettent la responsabilité sur les consommateurs, mais ne remettent jamais en cause la croissance économique, qui est nécessaire à toute création de richesse.

On ne peut en réalité déterminer si la surexploitation des ressources et la déterioration de l'environnement sont imputables aux consommateurs ou aux producteurs. Est-ce que les modes de consommation actuels sont déterminés par ce que le producteur propose aux consommateurs, c'est-à-dire une dépendance verticale du consommateur au producteur? Ou est-ce qu'ils sont déterminés par la demande des consommateurs « hypocrites » qui souhaitent consommer davantage à moindre coût et obligent les entreprises par le biais de la concurrence à réduire en permanence les coûts de production?

La construction sociale du développement durable repose sur cette dichotomie de la responsabilité: le consommateur souhaite que l'entreprise devienne plus responsable, l'entreprise souhaite que l'Etat et les citoyens participent davantage à la construction d'un développement plus protecteur de l'environnement. Pourquoi chercher à imputer la responsabilité à l'un ou l'autre? Les deux ne sont-ils pas directement responsables d'une partie des dommages causés à l'environnement?