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Bulletin Oeconomia Humana
Mars 2010, volume 8, numéro 2 Les entreprises ont-elles le souci de l'approvisionnement responsable au Québec? Compte rendu de la présentation du rapport de recherche 2010 de la CQCAM et du CISO sur la divulgation d'informations sur les politiques d'approvisionnement responsable.
Par Kristell Labous, candidate au master développement durable de l'Université Paris Dauphine. Catégorie : approvisionnement responsable
Les entreprises ont-elles le souci de l’approvisionnement responsable au Québec ? Pour répondre à cette question émergente dans un contexte où le développement durable devient une démarche indispensable pour toutes les entreprises, la CQCAM (Coalition québécoise contre les ateliers de misère) et le CISO (Centre international de solidarité ouvrière) ont réalisé une étude sur les entreprises québécoises et l’approvisionnement responsable. Emmanuelle Champion et Haykel Najlaoui, chercheurs à la Chaire de responsabilité sociale et du développement durable de l'UQAM ont pour cette étude réalisé une enquête auprès de trente entreprises présentes au Québec afin de déterminer leur intérêt pour l'approvisionnement responsable. Pour cela, ils ont analysé la communication menée par les entreprises par le biais des rapports, des discours et des sites web. Parallèlement, ils ont soumis les entreprises sélectionnées à un questionnaire pour compléter leur analyse.
Avant de présenter les résultats du rapport, Jean-Pierre Réveret a contextualisé l'émergence des politiques d'approvisionnement responsable. Le développement durable et la responsabilité sociale de l'entreprise obligent celle-ci à modifier ses comportements. Ces changements peuvent en partie résulter de l'instauration de politiques d'approvisionnement responsable afin de contribuer à un développement plus durable. En intégrant des critères environnementaux et sociaux aux processus d'achat de biens et de services, l'entreprise instaure un mode d'approvisionnement plus respectueux de son environnement et plus équitable socialement. Cette démarche doit être adoptée en adéquation avec les normes internationales du travail et les conventions sur la protection de l'environnement. L'entreprise doit également mener une réflexion globale sur le cycle de vie de ses produits, du fournisseur au consommateur.
Les résultats de l’étude sur les entreprises québécoises ont été présentés par Emmanuelle Champion. Menée sur trente entreprises sélectionnées pour représenter différents secteurs d’activité comme la culture, la grande distribution, la télécommunication ou encore l'industrie pétrolière, cette étude a pour objectif de comprendre quelles sont les différentes pratiques de l'approvisionnement responsable. L'analyse de données a été réalisée au moyen d'une grille de lecture développée par l'Ethical Trading Action Group au cours d'une recherche sur le niveau de transparence de 25 distributeurs et fabricants de vêtements du Canada et des États-Unis. Cette grille définit cinq enjeux pour l'entreprise: la gouvernance et la gestion du risque, les politiques menées, l'engagement des parties prenantes, la gestion et les audits réalisés. Ces enjeux permettent d’évaluer le niveau de transparence de l’entreprise sur ces pratiques d’achat. Ce degré de transparence déterminé, les chercheurs peuvent déterminer quelles sont les pratiques de l’approvisionnement responsable les plus répandues. Il s’avère que les pratiques les plus utilisées sont le code de conduite (58% des entreprises étudiées ont élaboré ce type de document), alors que seules 18% des entreprises ont mis en œuvre une politique d’approvisionnement responsable.
Il est intéressant de noter que certains secteurs comme le secteur pharmaceutique n'ont pas pu être évalués exhaustivement en raison de l’absence d'informations sur l'approvisionnement responsable. Malgré l'envoi de questionnaires et les relances ultérieures pour obtenir des informations de l'entreprise, les chercheurs n'ont pas pu avoir accès aux données nécessaire pour réaliser l'enquête. Cependant, il faut noter que la majorité des entreprises diffuse très largement les informations relatives à leur politique d’approvisionnement responsable ou sur leur code de conduite via leur site web ou par l’envoi de leur rapport de développement durable.
Concernant les résultats de la recherche, les intervenants observent tout de même quelques limites à leur approche. Les entreprises évaluées ne se situent pas au même niveau d'avancement en terme d'intégration d'une politique d'approvisionnement responsable. Il existe également de nombreuses différences entre les pratiques actuelles d'achat responsable des entreprises. Ces observations s’expliquent en raison de la différence de taille des entreprises, qui impliquent nécessairement des moyens différents face à leur politique d'achat. Ils admettent aussi que cette étude ne vise pas à évaluer la performance des entreprises. En effet, elle ne vérifie pas la mise en œuvre sur le terrain des politiques annoncées par les dirigeants, elle étudie seulement les mesures annoncées par les entreprises.
Selon l’étude, MEC, le cirque du Soleil, IKEA et Alcoa sont les entreprises qui veillent le plus à la transparence des informations sur leur politique d'approvisionnement responsable. Il faut également noter que plus de la moitié des entreprises observées ont instauré des mécanismes d'approvisionnement responsable (code de conduite, politique d'approvisionnement responsable). Il semblerait que l'appropriation par les entreprises des politiques d'approvisionnement responsable résulte des pressions des parties prenantes et des consommateurs. De plus, de nombreux partenariats entre les ONG et les entreprises se mettent en place pour responsabiliser les pratiques et les activités de l'entreprise au niveau social et environnemental.
Le rapport de la CQCAM privilégie cinq pistes d'amélioration pour mettre en œuvre une politique d'approvisionnement responsable. La première recommandation concerne l'intégration dans le code de conduite de critères sociaux et environnementaux, notamment le respect des normes internationales du travail. La seconde recommandation relève des relations avec les parties prenantes: l'entreprise doit prendre en compte leurs attentes dans le processus d'instauration d'une politique d'approvisionnement responsable. Le processus de vérification constitue la troisième piste d'amélioration. En effet, sans vérification de l'application du code de conduite, celui-ci peut rester inappliqué, c'est pourquoi il est nécessaire de développer des audits internes ou externes des pratiques réelles de l'entreprise. La transparence est également un élément essentiel de la responsabilité de l'entreprise. La communication sur les mesures existantes ou futures permet aux entreprises de diffuser son savoir faire en terme d'approvisionnement durable et de faire connaître à ses partie prenantes les efforts réalisés. La dernière recommandation est essentielle, l'entreprise doit pouvoir offrir un prix juste à ses fournisseurs pour leur permettre de respecter les normes sociales et environnementales. Cette dernière mesure permettrait d'assurer un approvisionnement responsable dans l’intégralité de la chaîne de distribution et de renforcer la légitimité des entreprises du même secteur.
Pour terminer cette présentation du rapport sur l’approvisionnement responsable, de nombreuses questions ont été posées aux intervenants. Une des problématiques récurrente, soulevée lors de ce débat concerne la vérification des actions annoncées dans les rapports et les discours sur l’approvisionnement responsable. En effet, si l’étude menée par la CQCAM et le CISO conclut à une transparence sur l’approvisionnement responsable chez certaines entreprises, il est nécessaire d’apporter une nuance : cette étude ne vérifie pas si les paroles sont suivies des faits. Les audits extérieurs restent donc le meilleur moyen d’évaluer les pratiques réelles d’approvisionnement et de renforcer la responsabilité de l’entreprise.
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