Le Forum sur l’analyse cycle de vie en est à sa quatrième édition cette année. Plus de deux années ont passé depuis le dernier forum de 2007, qui se penchait principalement sur la méthodologie et les études de cas et ambitionnait d’identifier les défis, stimuler les collaborations et déterminer les facteurs favorisant l’implantation du concept (Cycle2010.org, 2010). Cycle 2010 a ratissé large en abordant la démarche ACV (analyse cycle de vie) de façon plus globale, afin de répondre aux attentes diverses des multiples publics-cibles présents.
L’objectif principal du Forum était donc de faire le point sur la situation de l’approche cycle de vie au Canada, mais également de poursuivre la sensibilisation du public, stimuler le développement méthodologique, notamment au chapitre des impacts sociaux et économiques, de façon à ultérieurement en faciliter la mise en œuvre. Le thème majeur, de la science à la prise de décision, a été choisi dans le but de permettre la transposition de ce concept qui peut paraître parfois obscur aux yeux des gestionnaires qui n’ont pas fait l’école d’ingénierie. En effet, comme la logique de pensée cycle de vie se penche sur la réduction de la pression d’un produit sur les ressources et l’environnement, de l’extraction primaire jusqu’à son traitement en fin de vie, celle-ci interpelle de plus en plus les cadres devant montrer patte verte auprès de leurs diverses parties prenantes. L’approche cycle de vie prend racine dans une multitude d’outils dont le principal est l’analyse du cycle de vie (ACV). Celle-ci a récemment été normalisée par les normes ISO (14 040 et suivantes) et est de plus en plus prisée par les entreprises, leurs fournisseurs, de même que les gouvernements.
Durant ces deux jours de conférences, les présentateurs ont entretenu les participants sur toutes les facettes de l’ACV. Il a été notamment possible de parfaire ses connaissances en matière de réglementations et communication, de méthodologie, de gestion des matières résiduelles, de carburants et de transport, du secteur agroalimentaire, d’éco-design, de bâtiments durables, d’inventaire du cycle de vie, ainsi que d’analyse cycle de vie sociale. Une constante émerge clairement de ces diverses présentations. La nécessité de communiquer de façon cohérente et uniforme aux consommateurs, aux décideurs et à monsieur et madame tout le monde les résultats de l’analyse cycle de vie.
The Life Cycle Initiative, de l’organisme UNEP/SETAC, essaie d’uniformiser le labelling afin d’envoyer un message homogène aux consommateurs. Un exemple éloquent : le savon à lessive. Si la formule concentrée est utilisée, des quantités d’eau importantes et d’émissions de gaz à effet de serre sont préservées. Or, l’utilisation du détergent concentré ne représente pas vraiment de meilleure alternative à sa version diluée, car les particuliers en utilisent trop et cela annulerait donc l’effet escompté de minimiser les impacts de ce produit sur l’environnement. Il faut donc communiquer des informations claires et faciles à comprendre afin que les façons d’utiliser ce produit soient respectées pour que les effets bénéfiques de la consommation de ce produit au détriment du produit usuel soient pleinement réalisés.
Il faut donc, pour les spécialistes de l’analyse cycle de vie, savoir transiger d’une vision spécialiste à une vision décideur. La question qui se pose donc est le fameux comment?, auquel plusieurs conférenciers ont tenté de répondre, sans pouvoir nous éclairer autrement qu’en nous répétant que l’éducation est la seule façon.
L’analyse cycle de vie n’est malheureusement pas une science absolue. Elle dépend toujours du point de vue sous lequel on analyse la situation. Il est aisé pour une compagnie de divulguer les informations de façon à ce qu’elle en tire avantage, même si les diffusions externes de ces informations doivent être corroborées par un vérificateur.
Prenons par exemple les carburants à l’éthanol. Si l’on est plus concerné par la production de gaz à effet de serre, l’essence à l’éthanol 85% est une meilleure option pour l’environnement, alors que si l’on s’inquiète davantage de l’acidification des sols, il est étonnant de constater que l’essence traditionnelle demeure la meilleure alternative.
Le même processus décisionnel ambigu s’impose lorsque l’on veut acheter une simple bouteille de vin. Une bouteille de vin en verre représente une plus grande empreinte carbonique qu’un contenant Tetrapack. Les bouteilles en carton ont une empreinte carbonique moindre, mais nécessitent plus d’eau lors des étapes de production. Or, comme la demande pour ces produits n’est pas élevée, ce ne sont pas toutes les succursales qui les gardent en inventaire et elles sont certainement moins attrayantes que les bouteilles traditionnelles. Il est difficile pour un consommateur dans ce contexte de trouver une alternative ‘absolument’ meilleure, aussi conscientisé et consciencieux soit-il.
Des outils sont graduellement mis en place pour permettre aux gestionnaires d’effectuer des choix éclairés. Le gouvernement fédéral subventionne le CIRAIG afin que le groupe de recherche puisse mettre en place une base de données de l’analyse cycle de vie globale adaptée au contexte canadien. L’UNEP SETAC possède déjà sa base de données et a publié en 2009 le ‘Guidelines for Social Life Cycle Assessment of Products’. L’organisme prévoit également lancer cette année le ‘SETAC Code of Practice’, permettant une utilisation plus ‘concrète’ de l’ACV.
Les autres outils d’ACV vont comme suit :
• X-Pro logiciel d'ACV et d'éco-conception issu du programme européen ECODIS
• Bilan produit V2.0 permettant aux PME/PMI, aux étudiants de mesurer les impacts environnementaux des différentes étapes de la vie d'un produit.
• The European Commission's Directory of LCA services, tools and databases
• The European Commission's LCA database ELCD
Or, il demeure que bien que l’ACV permette d’avoir une vision globale de l’impact environnemental dans un secteur donné permettant d’effectuer des choix à portée globale, plusieurs embûches rendent le procédé difficilement universalisable. Il est très difficile d’obtenir toutes les données et les flux utilisés dans le cadre de la vie d’un produit. Également, les impacts sont différents dépendamment de l’emplacement géographique dans lequel on l’interprète. Le problème de l’exportation des recherches se pose donc, ce qui présuppose une multiplicité des banques de données et des investissements nécessaires.
En conclusion, il faut impérativement que toutes les parties prenantes rendent leurs besoins explicites afin que tous puissent entretenir des relations saines et constructives à long terme. Il est clair que la recherche doit se poursuivre afin de permettre une compréhension globale du cycle de vie de produit, auprès de tous les acteurs concernés, tant consommateurs, que professionnels, ou acteurs gouvernementaux. Nous verrons bien ce que l’édition 2011 du Forum Cycle de vie du CIRAIG nous réservera…
Bibliographie
ADEME, 2010. ‘Bilan produit V2.0’ Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, page consultée le 2 juillet 2010.
http://www.ademe.fr/internet/bilan_produit/login.asp
Ecomundo, 2010. ‘X-Pro logiciel d’ACV’, page consultée le 17 mai 2010.
http://www.ecomundo.eu/
European Commission’s, mai 2010. ‘ LCA tools, Services and data’, page consultée le 2 juillet 2010.
http://lca.jrc.ec.europa.eu/lcainfohub/datasetArea.vm
European Commission’s Directory of LCA Resources , 2010. ‘LCA Resources Directory’, page consultée le 2 juillet 2010.
http://lca.jrc.ec.europa.eu/lcainfohub/directory.vm
UNEP/SETAC. 2010. ‘Guidelines for Social Life Cycle Assessment of Products’, page consultée le 17 mai 2010.
http://www.socialhotspot.org/userfiles/guidelines-sLCA.pdf